Agonie démocratique : la France prise en sandwich entre l’Espagne et la Belgique

La crise démocratique n’en finit plus de frapper les pays de l’Union Européenne. Ce 13 février, c’est conjointement la Belgique et l’Espagne qui donnent à voir les derniers soubresauts de modèles institutionnels incapables de satisfaire l’impératif démocratique porté par les peuples. Dans un cas une grève générale apparaît comme la seule réponse possible à la vacuité du pouvoir, dans l’autre le rejet du budget conduit l’Espagne a un troisième retour aux urnes en à peine trois ans pour des élections générales. La démocratie représentative s’est muée en une démocratie minoritaire qui n’est ni viable, ni souhaitable.

Le point commun à la Belgique et à l’Espagne ? Avoir été dirigé par des gouvernements minoritaires, c’est à dire avec des coalitions minoritaires au sein de leur propre Parlement national. C’était le cas en Belgique jusqu’au mois de décembre 2018. La coalition minoritaire ne disposait que de 52 sièges sur 150 à la Chambre avant d’exploser. C’est le cas en Espagne, où le PSOE ne dispose que de 84 députés au Cortes sur 350 soit moins de 25 %. L’alliance bancale avec les indépendantistes n’a donc pas résisté au premier budget. Ne croyons pas que ce sont là des phénomènes isolés : désormais, la moitié des pays de l’UE est dans ce cas. Je produis (notamment) l’analyse de cette nouvelle étape de l’effondrement démocratique et ses conséquences dans le livre qui sortira dans quelques jours aux éditions du Borrego : L’impératif démocratique, De la crise de la représentation aux Gilets jaunes.

Dans un cas comme dans l’autre, c’est retour aux urnes. En Belgique, ce sera le 26 mai, jour des élections européennes, après donc six mois sans gouvernement autre que « technique ». Entre-temps, on le voit, le blocage institutionnel se propage à l’ensemble de la société, aucun accord salarial n’ayant pu être trouvé entre patronat et syndicats. En Espagne, PSOE et Podemos n’ont pu faire aboutir leur budget, leurs forces d’appoint indépendantistes ayant saisi l’occasion pour porter plus avant leurs revendications. Là encore, c’est la crise démocratique qui se déverse dans l’ensemble de la société au travers de la résurgence de la question indépendantiste et non l’inverse comme on voudrait nous le faire croire. Après les élections générales de décembre 2015, puis de juin 2016, et nonobstant un changement de gouvernement via la motion de censure à l’encontre de Rajoy et du PP en juin 2018, les Espagnols seront donc reconvoqués aux urnes vraisemblablement le28 avril prochain.

Partout la crise de la représentation fait des ravages. La représentation n’est plus en capacité à elle-seule d’exprimer l’ensemble des demandes démocratiques. La France n’est pas en reste comme en a témoigné le mouvement des Gilets Jaunes. Alors jusqu’où ira cet effondrement démocratique ? La Caste sera-t-elle butée au point de continuer à défaire les souverainetés politiques et corseter la démocratie jusqu’à ce que l’extrême-droite tire les marrons du feu ? Ou le peuple pourra-t-il enfin recouvrer sa capacité collective de décision et d’action pour, en complément de la Représentation, agir directement et traduire la volonté générale que celle-ci s’avère incapable d’exprimer ?

Tout l’enjeu de la période est là. Le RIC, qui faisait aujourd’hui l’objet d’une proposition de loi de la part de LFI, participe de cette transformation nécessaire. Mil n’est qu’une porte d’entrée pour revivifier la démocratie. Le peuple doit pouvoir se ré-instituer à nouveau à travers ses propres demandes. Cela s’appelle un processus constituant et il est urgent. Processus car l’élaboration populaire doit irriguer l’Assemblée constituante appelée à sortir du terreau citoyens. Je plaide par ailleurs pour ma part, en complément de l’Assemblée nationale appelée à continuer à représenter l’Unité du peuple et de ses représentants, pour une Assemblée citoyenne, émanation des assemblées citoyennes locales, qui se réunirait annuellement, en temps limité, avec droit de regard et de proposition législative. Je vous en dis plus dans mon livre.

D’ici là, soyons assuré que nous sommes rendus au point où des changements profonds doivent intervenir sauf à voir le principe démocratique lui-même être mis en danger. Partout ce sont des signaux forts qui en attestent. Qu’ils clignotent en jaune ou qu’ils s’entendent dans la langue de Verhaeren ou de Cervantes. Nous ne sommes pas seuls . Nous sommes même plus que le nombre. Nous sommes le peuple qui a rendez-vous avec l’Histoire.

 

 

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