L’Elysée réclame l’immunité

Il est des stratégies qui en disent plus long qu’on le croit sur la façon profonde d’appréhender l’exercice du pouvoir. Ainsi en est-il de la contre-attaque de l’Elysée après la remise du rapport sénatorial sur l’affaire Benalla.

Si la parole officielle du Palais énonce cyniquement ne pas vouloir, au nom de la séparation des pouvoirs, commenter le rapport parlementaire tout en prétendant y apporter des réponses, la bande à Macron monte « en même temps » au front pour dénoncer de manière coordonnée dans les médias l’ingérence dont ferait preuve le législatif. Car ce qui est en jeu selon les sbires présidentiels, ce serait justement ce principe même de séparation des pouvoirs. Au nom de celui-ci, les sénateurs devraient être interdits de tout contrôle de l’activité élyséenne.

On voit là se dessiner une conception omnipotente du pouvoir présidentiel. Comme si l’immunité judiciaire du Président pendant l’exercice de son mandat valait aussi immunité institutionnelle et partant de là immunité politique.

Que le législatif en tant que tel s’astreigne à ne pas commenter les décisions présidentielles est déjà en soi une mise en retrait qui porte à discussion. Dans la monarchie présidentielle qu’est devenue la 5e République, et plus encore avec la juxtaposition des échéances présidentielles et législatives et l’inversion du calendrier électoral, le Président prétend n’être responsable de rien mais décideur de tout. Le Parlement n’a plus que le rôle d’un faire-valoir. Ainsi pour le déclenchement d’une « opération extérieure », le Parlement est-il au mieux informé dans les trois jours et peut-il débattre…mais sans vote.

Mais ce qui est en cause dans l’affaire Benalla c’est la possibilité pour l’Elysée de fonctionner de manière totalement autonome et déconnectée de la République. Ce que réclame Emmanuel Macron et ses relais d’opinion, c’est d’avoir les mains libres pour pouvoir avoir les mains sales. Le Parlement est pourtant sensé déjà contrôler l’activité de l’institution élyséenne. La présidence de la République est en effet répertoriée comme un service administratif français. Il est donc normal que le Parlement puisse avoir un droit de regard sur son fonctionnement, son budget, et les activités qui s’y déroulent. Le sénat a par ailleurs le pouvoir constitutionnel de contrôler l’exécutif. Cette mission a été réaffirmée par la révision constitutionnelle de juillet 2008 (art. 24).

Le Parlement est donc fondé à agir lorsque, comme c’est le cas dans l’affaire Macron-Benalla,la sûreté du Président et donc de l’Etat est engagée. Lorsque, comme c’est le cas dans l’affaire Macron-Benalla, des activités possiblement délictueuses avec des puissances étrangères sont susceptibles de porter atteinte à l’institution et sont portées à la connaissance des Français. Lorsque, comme c’est le cas dans l’affaire Macron-Benalla, il est avéré que, quand bien même les révélations estivales faisaient état des activités répréhensibles du second, le premier a continué à le couvrir. Pourquoi ? Quelles poches remplissait donc l’argent russe et chinois ?

La séparation des pouvoirs brandie par la macronie est non seulement un contre-feu mais plus encore une tentative pour séparer la présidence du reste de la République. L’antre élyséenne deviendrait ainsi un trou noir de la République où le chef de l’Etat et sa bande feraient ce qu’ils veulent en toute impunité et sans droit de regard citoyen. La contre-attaque élyséenne n’est donc pas seulement une stratégie de défense dans l’affaire Benalla, c’est aussi la volonté assumée de s’arroger de nouveaux droits au-dessus du droit. Non seulement la lumière doit être faite jusqu’au bout dans l’affaire Benalla, mais le caractère vicié de nos institutions appelle à ce qu’elles soient remises à plat pour une 6e République qui réponde enfin au double impératif démocratique formulé déjà en son temps par Condorcet : l’Unité, du peuple et de ses représentants, et la transparence, de la société et du pouvoir.

 

Pour aller plus loin

Un commentaire sur “L’Elysée réclame l’immunité

  1. henthouarn dit :

    Rapport de la Commission sénatoriale: le Premier Ministre Edouard PHILIPPE n’est pas content de ne pas en avoir pris plein la gueule pour pas un rond!

    J'aime

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