Macron, du phénix au vautour

Emmanuel Macron s’est donc fendu d’une tribune publiée dans l’ensemble de la presse européenne pour relancer sa campagne européenne. Bien sûr, ses propositions apparaissent à tous comme un exact contrepoint aux politiques qu’il mets en oeuvre depuis 18 mois, voire six ans et demi, depuis l’Elysée. Macron continue de la sorte à sa façon à dévitaliser la démocratie en accentuant volontairement le hiatus entre la parole et les actes. Mais qu’importe au final. Il est plus urgent d’entendre dans sa tribune la répétition comme une litanie des termes « civilisation » et « renaissance » qui donnent à voir en quoi le président Macron reprend le fil de son projet européen mis sur la table dans son discours de la Sorbonne le 26 septembre 2017 : celui d’une identité et d’une souveraineté européenne pour mieux corseter les souverainetés populaires existantes et les livrer à l’imperium technocratique européen. Dans mon ouvrage Alerte à la souveraineté européenne, La chimère de Macron contre la souveraineté populaire, j’analysais déjà cette référence forcée à l’idée de civilisation européenne. Extrait :

« « Je suis venu vous parler d’Europe. Encore diront certains. Ils devront s’habituer parce que je continuerai. Et parce que notre combat est bien là, c’est notre histoire, notre identité, notre horizon, ce qui nous protège et ce qui nous donne un avenir » lançait-il alors M. Macron. Dès lors, pour incarner sa souveraineté européenne, M. Macron s’est attelé à définir une identité européenne à défaut du peuple européen qu’il ne pouvait faire émerger : « Il y a une souveraineté européenne à construire, et il y a la nécessité de la construire. Pourquoi ? Parce que ce qui constitue, ce qui forge notre identité profonde, cet équilibre de valeur, ce rapport à la liberté, aux Droits de l’Homme, à la justice est inédit sur la Planète[1]».

Cette identité européenne, ce n’est rien moins que celle d’une civilisation selon M. Macron : « A nous, ensemble, de tracer un nouveau modèle de civilisation où les inégalités et les insécurités seront contenues, où la justice sera défendue et la planète protégée, où la culture, la création, la mémoire seront respectées. Ce projet, c’est cela notre identité[2] ». Notons que cette identité, si elle renvoie à « la qualité de ce qui est le même[3] », se définit dans la bouche de M. Macron par la négative et donc par une contradiction : si la civilisation désigne le résultat d’un processus vers un état social, donc un objectif à atteindre, l’identité européenne serait ce qui n’est pas et qu’il faudrait donc « contenir », « défendre », « protéger ».

Mais l’identité renvoie aussi au fait de « pouvoir être reconnu comme tel[4] ». Lorsqu’on met en parallèle l’aspiration d’Europe-puissance[5] que revendique M. Macron et la juxtaposition en une même phrase des termes « civilisation » et « identité », on ne peut s’empêcher de voir ressurgir vingt-et-un ans après Samuel Huntington et sa théorie du choc des civilisations. M. Macron, pour justifier la souveraineté européenne, cherche à forger un peuple sur la base d’une identité assimilée à celle d’une civilisation, laquelle civilisation se définit d’abord par son extériorité avec le monde qui l’entoure. Le cheminement est brutal. Et dangereux. Là où le modèle républicain universaliste porte en lui l’émancipation de l’humanité toute entière, la version civilisationnelle porte en germe les conflits à venir. »

Ce 5 mars 2019, la « civilisation » a été convoquée trois fois par Emmanuel Macron dans sa tribune européenne, affublée de l’épithète « européenne ». La « Renaissance » est quant à elle intervenue à quatre reprises. En se faisant le chantre d’une « Renaissance civilisationnelle », Emmanuel Macron rompt ainsi concrètement avec le triptyque républicain à vocation universaliste Liberté/Egalité/Fraternité pour lui substituer un nouveau triptyque Liberté / Protection / Progrès. Là où le premier affirme le primat de l’Homme et de ses droits naturels, le second habille une Europe abstraite, entité technocratique à qui il délègue la tâche d’organiser la vie en société. Le contenant se substitue au contenu pour mieux annihiler ce dernier et laisser en dernière instance libre cours aux forces du marché. Une rupture d’humanité par une délégation de souveraineté en somme. Là où par cette « renaissance civilisationnelle » Macron voudrait passer pour phénix, il est une fois encore un vautour.

François Cocq

Pour aller plus loin, mon nouveau livre (mars 2019) qui prolonge l’analyse : L’impératif démocratique, De la crise de la représentation aux Gilets jaunes

[1] Discours de M. Macron à la Sorbonne le 26 septembre 2017

[2] Discours de M. Macron aux ambassadeurs, 29 août 2017

[3] Larousse, Dictionnaire historique de la langue française

[4] Ibid

[5] Voir chapitre 1

3 commentaires sur “Macron, du phénix au vautour

  1. michel43 dit :

    je pense sincèrement que Macron sent la défaite pour c » est Européenne ,pourquoi gaspiller autant d’argent ,son tract a tout les pays ,est une grave erreur ,il pense que les peuples Européens vont l « écouter, ,,grave erreur de communications ,l » Europe doit changer ,les peuples doivent désormais prendre en mains leurs destins ,et des alliances doivent se faire entre pays ,attendons ce vote de MAI,,,

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  2. henthouarn dit :

    Son Arrogance Méprisante a la folie des grandeurs, la France ne lui suffit pas!

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