Macron accélère la crise de la représentativité

L’air de ne pas y toucher, le remaniement ministériel intervenu ce dimanche et qui a vu l’entrée au gouvernement de deux nouveaux conseillers du président Macron en dit long sur la rupture de légitimité démocratique qu’est en train d’instiller le monarque élyséen : l’exercice d’une charge publique n’a désormais, dans la République des copains, plus vocation à procéder, fût-ce de manière indirecte, d’une légitimité élective, mais uniquement de l’octroi d’une charge par le fait du prince. La dimension représentative de la démocratie déjà si mal en point voit là en Emmanuel Macron l’un des ses plus farouches assaillants.

Parmi les trois nouveaux entrants au gouvernement, deux viennent en effet du cabinet présidentiel, Sibeth Ndiaye et Cédric O. Ceux-là n’ont jamais non seulement bénéficié de l’onction populaire par les urnes, mais ils ne se sont même jamais présentés aux suffrages des électeurs. Ce n’est pas là un point de détail : 27 des 36 membres du gouvernement ne sont pas actuellement élus. 13, soit plus d’un tiers, ne l’ont jamais été !

Une nouvelle forme de gouvernance se met de la sorte en place. On savait que la légitimité de l’exécutif ne procédait plus que de l’élection présidentielle, laquelle s’est renforcée en niant progressivement la légitimité de la représentation nationale par l’inversion du calendrier électoral qui inféode les élections législatives au résultat de l’élection présidentielle (je vous invite à retrouver cette analyse dans mon livre L’impératif démocratique, de la crise de la représentation aux Gilets jaunes). Désormais, la composition du gouvernement elle-même témoigne à travers ses membres d’une disjonction assumée avec la légitimité conférée par le suffrage populaire. L’exercice du pouvoir repose donc à la fois sur une captation de souveraineté de la part de l’exécutif au détriment de la représentation, et d’autre part d’une délégation interne de celle-ci au profit d’une technocratie qui n’est plus reliée en rien à la volonté générale et à l’intérêt général qui est depuis Rousseau l’émanation de celle-ci.

A l’heure où les Gilets jaunes ont pourtant donné à voir cet affaissement de la capacité de la représentation à incarner à elle-seule l’ensemble de l’ambition démocratique populaire, Macron n’en a cure et pousse jusqu’à son paroxysme cette logique de dépossession de souveraineté en passant par dessus toute dimension représentative. Loin de vouloir compléter la représentation pour renforcer la démocratie, comme le proposent par exemple les Gilets jaunes avec le RIC, Macron lui la saborde, ultime pied-de-nez aux demandes populaires.

A bien des égards, Macron est devenu nocif pour notre fonctionnement démocratique collectif.

 

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