« Que partout fleurissent des cercles constituants »

Interview réalisée le 24 avril à Perpignan à la suite d’une conférence à Céret autour de mon livre L’impératif démocratique, De la crise de la représentation aux Gilets jaunes (mars 2019, Eric Jamet éditeur), et d’une réunion publique à Canet-en-Roussillon sur le thème « Europe : souveraineté populaire et impératif démocratique ».

Quelle place accordez-vous à la crise démocratique dans la crise globale ?

François COCQ : « Le mouvement des Gilets Jaunes a agi comme un révélateur. Il a donné à voir que la crise du contenu est aussi une crise du contenant, que la négation du bien commun puis son appropriation marchande par la caste opéraient une rupture dans le consentement populaire. En interrogeant la légitimité des politiques menées, les gens ont remis en question la légitimité de celles et ceux qui les appliquent, Emmanuel Macron en premier chef.
Est alors apparu au grand jour le hiatus croissant, désormais insupportable, entre deux légitimités : d’un côté celle issue de cadres institutionnels, et en premier lieu l’élection présidentielle, et de l’autre celle de la souveraineté populaire que les citoyens entendent exercer de manière inaliénable et permanente. Parce qu’on leur a trop mangé le pain sur le dos, parce qu’ils ont été trop humiliés, les gens ont dit stop : nous ne vous faisons plus confiance car nous ne pouvons plus vous faire confiance. Désormais, nous ne voulons plus de votre interface, nous voulons décider par nous-mêmes ! ».

 

Quelle est la transcription de cette crise démocratique au niveau européen ?

François COCQ : « Nous devons mesurer que ce que nous connaissons en France s’inscrit dans un mouvement profond qui traverse l’ensemble des démocraties dites libérales du continent et sans doute même au-delà. L’alignement des politiques de droite comme de gauche sur le diktat de la seule politique possible imposée par Bruxelles a asséché le politique en même temps qu’elle reléguait le citoyen au rang de spectateur. Le système y a répondu au début des années 2010 par le modèle des grandes coalitions devenues la règle pour contourner cet effritement électoral. Mais celles-ci ne suffisent déjà plus et nous voilà entrés dans l’ère des « démocraties minoritaires » : imaginez qu’aujourd’hui la moitié des pays de l’union européenne, 14 sur 28, sont dirigés par des gouvernements qui sont minoritaires au sein même de leur propre parlement.
Les gens refusent désormais de déléguer leur souveraineté à ceux qui ne sont que les émissaires coloniaux de l’imperium technocratique bruxellois. Cette mutation de la démocratie n’est pas tenable sur le temps long. La démocratie se disloque parce que l’oligarchie a écarté le demos, le peuple. Il est temps de remettre la cabane sur le chien avant que l’abyme du repli identitaire représente pour trop de gens la seule alternative ».

 

Quelles solutions proposez-vous à ce que vous nommez l’impératif démocratique ?

François COCQ : « Au stade où nous en sommes réduits, après 40 ans d’atomisation libérale et de mise sous l’éteignoir progressive par les tenants de l’ordre établi, les gens aspirent à se redéfinir en tant que corps politique. Le mouvement des Gilets jaunes parle au plus grand nombre parce que justement il offre enfin, pour la première fois depuis 2005, cette perspective collective pour recréer du commun. Il faut s’accrocher à ce fil vital démocratique qui n’est jamais que celui de la liberté : les gens veulent pouvoir décider ! Décider des règles du jeu démocratique, autrement dit du cadre institutionnel qui permet la participation active, permanente et sans entrave de la communauté politique des citoyens, et discuter de ce qui est bien pour eux et de ce qui est bon pour tous, autrement dit remettre la question des droits à l’ordre du jour.
Plus encore qu’une assemblée constituante, nous avons besoin d’un processus constituant. Que partout sur le territoire fleurissent des cercles constituants. Là ce seront des groupes déjà constitués qui s’empareront de cette question. Ailleurs d’autres verront le jour dans ce but de refaire du citoyen un acteur à part entière de la décision. Hors les champs institutionnels qui visent à le corseter, c’est en maintenant et en portant au plus haut cette dynamique collective et cette exigence républicaine que le peuple peut se refonder et briser les chaînes qui l’enserrent. C’est là un impératif démocratique en ce que c’est pour la démocratie un besoin vital que de se régénérer au souffle populaire quand elle est à ce point abîmée ».

Interview à retrouver ici et

3 commentaires sur “« Que partout fleurissent des cercles constituants »

  1. marie pierre RATEZ dit :

    Bonjour
    Ou trouver les cercles constituants ? La plateforme numérique a t-elle été créée ?

    J'aime

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