Décomposition – refondation

L’onde de choc des européennes n’en finit plus de résonner. L’heure de découvrir pour les uns que les élections de 2017 et le remodelage de la cartographie politique n’étaient pas un épiphénomène. L’heure de le confirmer pour d’autres. Toujours est-il que nous ne sommes encore qu’à l’orée d’une séquence nouvelle et longue qui va structurer le champ politique. Au milieu du marasme affleure un élément d’espoir : une place reste à prendre dans ce paysage.

La fin du bipartisme s’égrène comme une longue litanie. A l’encéphalogramme toujours plat du PS, bloqué depuis deux ans à la barre des 6 %, s’est ajouté le désastre électoral enregistré par LR. En France comme ailleurs (et de ce point de vue l’Espagne ne doit pas faire illusion), la double crise qui frappe la social-démocratie et la démocratie chrétienne s’approfondit encore. Elle consume bien sûr ses propres dirigeants désemparés: en France, Laurent Wauquiez a quitté la présidence de LR ce lundi, tandis qu’en Allemagne Andrea Nahles quittait celle du SPD la veille. Mais les recours et substituts institutionnels érigés pour palier à cet effacement sont à leur tour en train de flancher : la grande coalition allemande ne survit provisoirement que grâce à la cécité volontaire de Merkel, tandis que la grande coalition à la française autour de Macron plafonne à 10% du corps électoral et suscite, en conséquence de la stratégie de clivage opérée par le Président, 90 % de rejet à son encontre.

Le bipartisme s’est évanoui et ne reviendra pas. Dès lors, la question n’est pas tant de savoir si les catégories gauche et droite existent encore : la droite et la gauche existeront à jamais pour délimiter un type d’espaces de par leur construction historique et idéologique. La question est par contre de savoir si le rattachement à celles-ci est encore opérant d’une part, et structurant de l’autre.

Opérant il ne l’est plus. EELV et LREM en ont apporté la démonstration lors de ces européennes. On peut contester bien des choses à Yannick Jadot mais pas d’avoir clairement assumé durant sa campagne, tant sur la forme que sur le fond, son positionnement ni gauche ni droite. Au final ? Plus de 13 % des suffrages exprimés, dont on est conduit à penser qu’ils viennent très largement de la gauche, se sont portés sur le bulletin de vote EELV, témoin que la labellisation « gauche » n’est à elle seule ni une force de conviction, ni une force de rétention suffisante pour les électeurs. Quant à LREM, qui a passé sa journée dans un bureau de vote dimanche dernier a constaté en quoi elle a dépecé le vote LR en incarnant avant tout le parti de l’ordre. Un identifiant aura ainsi suffi pour que l’étiquette droite s’oublie.

Structurant il ne l’est pas plus. La volatilité électorale conjuguée à l’abstention qui frappe de plein fouet l’ensemble du champ politique donne à voir que l’ancienne carte du monde politique est insuffisante à expliquer la période contemporaine. Si le récit narratif politico-médiatique s’escrime à installer un duel, c’est bien une tripartition de l’espace politique qui se met en place. Dans celle-ci, chaque pilier se doit de définir sa propre ligne de partage des eaux par rapport à laquelle il invite chacun à se positionner. Le RN l’a fait en installant la question identitaire comme prisme de regard sur la société. LREM l’a fait doublement : à la fois en assumant de faire de l’individu la base et la finalité du corps social, mais aussi en prenant appui sur la dichotomie de l’espace choisie par le RN pour faire du judo.

Reste le troisième pôle, appelé immanquablement à émerger, car seuls 20% du corps électoral, une misère, a jugé bon de se prononcer lors de ces européennes en faveur de l’un ou l’autre des pôles précédents. La grande frange du peuple aspire donc à un autre débouché. Qui, mais surtout autour de quelle ligne de démarcation ? EELV aimerait prétendre à jouer ce rôle. Pour autant l’écologie politique n’est pas un espace en soi : la plupart des formations sont désormais convaincues de l’urgence écologique et l’intègre pour les uns dans leur réflexion, en font même un paradigme refondateur pour d’autres comme LFI. EELV, en se contentant sur le sujet d’un rôle d’accompagnateur du capitalisme, ne peut même pas hégémoniser ce champ mais doit se contenter d’être, comme ce fut le cas pour les européennes, le réceptacle ponctuel des déceptions environnantes.

Il faut donc autre chose. Une autre ligne de faille qui soit en même temps un autre fil d’Ariane. LFI avait su jusqu’en 2017 extraire cette ligne rouge et en faire un guide collectif avant de se perdre dans les limbes de l’électoralisme. Le discrédit général qui pèse sur la politique et les politiques fera sans nul doute payer chèrement à LFI cet abandon. Mais que ce soit LFI ou d’autres, cet axe structurant demeure et appelle à ce qu’on renoue avec lui. La maturation de la scène politique confirme la disponibilité pour cela. Le mouvement des Gilets jaunes l’a donné à voir pendant six mois, portant au plus haut la revendication d’exercice par le peuple d’une souveraineté permanente et inaliénable. Si le mouvement en lui-même s’étiole peu à peu, les idées qu’il véhicule continuent, elles, à grandir. L’heure est venue de leur donner un débouché politique, un axe fédérateur : celui de la liberté républicaine, la liberté entendue au sens des anciens, celle qui se confond avec la participation collective et directe à la souveraineté. C’est la liberté politique qui s’exerce dans l’espace public dont elle fait un terrain de reconquête du bonheur commun. Cette ligne de partage définit bien sûr deux camps : mais elle reprend le découpage de ses adversaires qui sont de la sorte ramenés au même objet dont on a vu à quel point il est minoritaire. Face au bloc bourgeois de Macron et au bloc identitaire du RN qui reposent sur une même acceptation voire revendication de l’individualisme pensé comme un moyen de jouir sa propre liberté individuelle, le bloc populaire peut opposer sa dimension refondatrice, sa dimension reconstitutive en se donnant une définition politique de lui-même : il est le corps politique fondé sur le contrat social.

Le champ politique n’a pas fini sa mue. Une place reste à prendre pour incarner l’idéal républicain d’émancipation et offrir une alternative crédible face à ceux qui sont déjà installés. Qui ne se saisirait pas aujourd’hui de cette opportunité qui est tout autant une nécessité manquerait à sa tâche au regard de notre histoire.

François Cocq

A retrouver : une tribune collective pour un processus et des cercles constituants : https://www.liberation.fr/debats/2019/05/08/gilets-jaunes-c-est-au-peuple-qu-il-appartient-d-ecrire-la-suite-de-l-histoire_1725666

Un commentaire sur “Décomposition – refondation

  1. michel fremondiere dit :

    en Espagne ,les droites se sont associer ,pour mettre dehors les Socialistes qui on toujours diriger l « Andalousie , en France ,la droite molle a toujours eu peur de tendre la mains au RN ,,,résultat, il on enfin pris une claque ,Macron aurait aucune chance si les droites présentait un programme ,quand a la gauche ,a telle un jours présenter un vrais programme de gauche ? donc Macron recueille tout les traites de droite ou de gauche ,,,le cirque continue

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