ADP : le référendum vers un horizon démocratique

Je participais hier soir à la soirée de lancement de la mobilisation citoyenne pour obtenir un référendum contre la privatisation d’aéroport de Paris. Cette tâche décisive qui débutera ce jeudi 13 juin doit nous occuper pour les 9 mois à venir. Et pour la mener à bon port, il nous faut, comme en 2005 à l’époque du Traité constitutionnel européen, initier partout une campagne qui s’adresse au citoyen qui est en chacun de nous. C’est par la force de la raison que nous pourrons propager une dynamique populaire qui dessinera demain un tableau démocratique où l’intérêt général aura recommencé à faire valoir ses droits. Que la campagne commence !

Il aura fallu attendre le dernier moment pour que le gouvernement daigne publier le décret pour le recueil des signatures. Mais c’est chose faite depuis le 11 juin. Dès à présent, et avant même de pouvoir commencer à voter et faire voter dès ce jeudi 13 juin à 00h sur le site https://www.referendum.interieur.gouv.fr/ , je vous renvoie au site internet du collectif https://referendum-adp.fr/ pour vous inscrire dans la mobilisation et parfaire notre niveau d’argumentation.

Je m’arrêterai pour ma part aujourd’hui sur un point en particulier, avant de revenir dans les semaines  qui viennent sur d’autres éléments qui m’apparaissent décisifs : obtenir pour la première fois par la mobilisation populaire un référendum représenterait une rupture dans la chaîne a-démocratique de la Vème République qui corsète la souveraineté populaire.

Je viens de le dire, et quand bien même c’est une évidence, ce serait la première fois depuis 1958 qu’un référendum ne relèverait ni du fait du prince, ni de l’obéissance aveugle aux injonctions bruxelloises. Dans ce système vicié qu’est la Vème République, malgré la dérive monarchique de plus en plus prégnante et la main mise de l’exécutif sur l’ensemble du champ politique, nous avons l’occasion de nous faufiler dans une brèche. Une brèche car le référendum d’initiative partagé (RIP) est à n’en pas douter conçu comme un verrou : les 20 % de parlementaires et 10 % du corps électoral nécessaires pour obtenir un référendum ont été érigés comme des digues institutionnelles sensées être insubmersibles pour contrer la mobilisation populaire. Dans l’esprit de ses instigateurs, le RIP était d’ailleurs conçu en 2008 comme un hochet, à la fois pour contenter quelques parlementaires mais surtout pour lâcher du lest au moment même où Nicolas Sarkozy s’apprêtait à fouler aux pieds la souveraineté populaire en faisant adopter par le parlement réuni en congrès le traité de Lisbonne, copie conforme du TCE pourtant rejeté par le peuple trois ans auparavant.

Obtenir le référendum contre la privatisation d’ADP marquerait donc sans conteste un tournant qui interrogerait nécessairement sur le pourquoi du comment. Pourquoi et comment avoir réussi ce qui jusqu’hier semblait impossible ? Je viens de remettre en perspective ce processus sur un temps plus long, celui de la prise de conscience du peuple de l’exercice de sa souveraineté, fut-elle trahie comme en 2005. Mais c’est aussi le temps présent qui préside à cette volonté des gens de pouvoir décider de ce qu’ils jugent bon pour eux et pour nous collectivement : le mouvement des Gilets jaunes a depuis le 17 novembre dernier joué un rôle de catalyseur en donnant à voir l’aspiration populaire à la décision, à la reconquête pleine et entière d’une souveraineté inaliénable et permanente. De fait, un référendum romprait le cycle électoral institutionnel et borné tel que nous le connaissons aujourd’hui en faisant entrer un nouvel acteur qui n’est sinon convié à sa tâche citoyenne que dès lors qu’on l’appelle aux urnes. La lame de fond de la reconquête démocratique se répand désormais depuis des mois. Le mouvement des Gilets jaunes lui a permis d’infuser au plus profond de la société. Cette prise de conscience s’est réalisée hors du champ institutionnel et, sans surprise, les élections européennes ont été incapables de le traduire. La campagne pour le référendum contre la privatisation d’ADP lui offre par contre un débouché politique naturel au carrefour des champs institutionnels et hors institutionnels.

La réussite de la démarche représente donc d’autant plus un défi qu’elle ouvrirait la porte à un espace de reconquête démocratique. Au point où nous en sommes rendus, seul un vaste processus constituant peut permettre d’enclencher la dynamique de discussion, de débat, et d’élaboration d’une volonté générale dans la société. Mais il faut des portes d’entrée pour rendre concret celui-ci. La mobilisation pour le référendum en est une et des meilleurs : elle donne à voir à la fois la possibilité et la nécessité de bousculer l’ordre institutionnel, tandis qu’elle s’inscrit en parallèle dans une démarche de redéfinition du bien commun par la qualification collective d’ADP en tant qu’outil de l’intérêt général. Le RIP n’est donc qu’une étape vers le RIC, le référendum d’initiative citoyenne, qui n’est jamais lui-même que la fenêtre sur le processus de refondation du peuple par lui-même. Les cercles constituants auxquels je contribue prendront naturellement leur part de cette bataille collective.

On le voit, le référendum ramène la démocratie à la République. En régénérant l’un il ressource l’autre. Je développerai cela dans un prochain billet. Mais je ne peux achever celui-ci sans mettre en garde contre le fait que nous ne parviendrions pas à réunir les 4,7 millions de signatures nécessaires : si par mégarde nous n’atteignions pas ce seuil, le président Macron ne manquerait pas d’en profiter pour retourner l’argument et en faire une validation par le vide de sa politique. Dès lors qui veut mettre un coup d’arrêt à la réforme des retraites, à la casse de l’assurance chômage, où à la privatisation du bien commun au profit des marchands, trouve intérêt à demander ce référendum. Lorsqu’il est partisan le référendum anti-Macron est un échec électoral, lorsqu’il porte à la fédérer le peuple par l’exercice de sa souveraineté et pour le bien commun, il recommence à faire sens.

 

3 commentaires sur “ADP : le référendum vers un horizon démocratique

  1. […] j’actualise mes données. Je reviendrai bien sûr à cette occasion sur la manière dont le référendum contre la privatisation d’Aéroport de Paris peut marquer une étape de reconquêt…. Mais je constate aussi en parallèle qu’au lendemain des européennes, l’entrée dans l’ère […]

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  2. michel43 dit :

    Mais la proportionnelle intégrale ,,,est aussi un horizon démocratique

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