Brevet : canicule à Stockhom

On aurait tort de ne voir dans le report du brevet des collèges qu’une mesure dictée par « la sécurité des élèves » comme a pu le dire le ministre de l’Education nationale. Ce différé joue en effet un rôle de révélateur autant que de perce-muraille de la part des libéraux. Regardons-y de plus près.

D’abord une interrogation. Basique. Des températures importantes sont annoncées. Certes. Seront-elles à ce point si élevées comparées à celles que l’on connaît assez régulièrement qu’elles exigent cette fois des mesures drastiques ? C’est à voir. Mais alors, il faut expliquer pourquoi si l’examen est repoussé les cours en primaire sont eux maintenus ? Est-ce plus difficile de passer, lorsqu’on est un élève de troisième, deux fois deux heures dans une journée dans une salle certes chaude mais dans une ambiance apaisée durant un examen, avec seulement une quinzaine ou une vingtaine d’élèves par salle ? Ou alors d’avoir cours durant six heures lorsqu’on a 5 ou 6 ans avec 30 autres petits loupiots qui eux vont s’agiter ? Autrement dit le ministre considère-t-il que ces conditions dites « exceptionnelles » autorisent, en  termes de « sécurité », à faire cours aux petits agglutinés dans une classe mais pas à passer un examen dans des conditions plus favorables ?

Le second point est une interrogation structurelle : dans le langage des libéraux relayé par la FCPE, il faudrait « reconquérir » le mois de juin et désormais le mois de juillet. Faisons comme si. Mais dans ce cas il faut pouvoir le faire dans des conditions correctes. On nous dit aujourd’hui que les épisodes de fortes chaleurs voire de canicule vont se multiplier. Mais dans ces conditions, soit un travail sur le bâti est envisagé, et pour ce faire il ne peut être délégué à la seule capacité des collectivités locales que l’Etat maintient au pain sec et à l’eau. Ou alors il faut adapter le calendrier comme le font la plupart des pays de l’Europe du sud. En tout état de cause, il ne faut pas jouer les surpris et demander aux élèves, parents et personnels de s’adapter faute de prise en considération des enjeux climatiques par les décideurs.

Reste le report en termes pédagogiques et ce qu’il signifie en termes politiques. Car au-delà des contraintes matérielles pour les familles et l’institution, le report, ne serait-ce que de quelques jours du brevet, pèse sur la préparation des élèves. L’enseignant que je suis voudrait bien qu’il en soit autrement. Mais pour une bonne part des élèves, être lâchés 48 heures avant un examen ou une semaine avant, ce n’est pas la même chose. Alors je vois déjà les consignes de correction à venir et la désormais célèbre « bienveillance » dont il faudra faire preuve.

Plus largement, c’est un mauvais coup porté au brevet quand bien même le ministre s’en défend. Le brevet, comme le bac, est attaqué en tant qu’examen national. C’est le sens de l’introduction de plus en plus importante de contrôle continu qui territorialise de fait les examens. C’est aussi le sens de l’intégration des compétences qui change la nature de ces deux premiers examens de toute vie professionnelle future. Pourquoi ? Parce que la substitution progressive de l’épreuve finale par un contrôle continu basé sur des compétences détrône l’examen en tant que sésame d’une qualification. Or c’est justement la qualification qui est reconnue par les conventions collectives. Vieille marotte libérale pour individualiser et donc flexibiliser le rapport entre le salarié et l’employeur : là où la qualification est attachée au travailleur, la compétence est elle attachée au poste de travail.

Dès lors tout est bon pour discréditer ces deux examens. Comment interpréter autrement la multiplication ces dernières années des problème d’organisation du bac et donc désormais du brevet. Pour le bac, ce fut cette année encore un florilège de coquilles, fuites et autres ratés. On nous dira demain que l’organisation de ces examens est trop complexe et trop coûteuse et qu’il convient de laisser le soin à chaque établissement d’organiser son propre bac à la carte : la mise en concurrence des établissements, des diplômes, et in fine des élèves règne en maître.

Il faut cependant reconnaître au gouvernement cette réactivité qui, à défaut d’anticiper pour redéployer le brevet sur des matinées ou de l’avancer d’un jour ou deux, lui permet de faire de l’idéologie en même temps qu’il fait de la communication politique. Il n’aura ainsi échappé à personne que l’annonce de M. Blanquer s’est faite de manière simultanée avec la visite de la ministre de la santé Agnès Buzyn dans un EPHAD à Saint-Maur (94). Vendant le pot-aux-roses, la ministre, bien plus intéressée par les journalistes que par les gens, les invitait à retranscrire qu’elle s’occupait bien des personnes qu’elle ignorait au même moment si superbement. La communication outrancière sur cette « canicule », relayée par des médias qui sont incapables de prendre le moindre recul, apparaît pour ce qu’elle est : une manoeuvre pour tenter de rétablir un contact entre l’exécutif et les gens.

En l’espèce, avec le report du brevet, le gouvernement semble surtout miser sur le syndrome de Stockholm tant les décisions annoncées apparaissent comme une « prise en otage » (pour employer le vocabulaire absurde si cher aux libéraux) des élèves, des familles et des personnels.

 

Un commentaire sur “Brevet : canicule à Stockhom

  1. michel43 dit :

    la bonne question,, ,,le brevet est t »il utile, ,,faut t »il le supprimer , pour Moi,,,OUI

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