Au grand marchandage de l’UE, les peuples sont les pigeons

La souveraineté populaire est une idée morte au sein de l’Union européenne. Le grand marchandage auquel s’est adonnée la Caste pour se répartir les postes à la tête de l’UE est tout autant une négation des volontés des peuples qu’une captation des postes clés pour continuer à faire de l’UE la pointe avancée de la finance mondialisée.

Il n’a échappé à personne que la présidence de la commission européenne est revenue à la droite allemande, tête de pont de l’ordolibéralisme le plus orthodoxe, avec la désignation de Mme Ursula von der Leyden. La CDU est en chute libre depuis les élections législatives de septembre 2017 où elle a obtenu son pire score depuis la seconde guerre mondiale. La grande coalition de Mme Merkel ne tient même plus qu’à un fil, et c’est pourtant sa protégée et ex-ministre de la défense qui vient prendre la présidence de la commission.

Par ce choix, c’est toute la hiérarchie des institutions européennes qui apparaît au grand jour : la victoire du PPE et de la droite aux élections européennes au mois de mai ne se traduit par la présidence du Parlement européen pour lequel les peuples ont pourtant voté. Non, ce scrutin donnait accès aux véritables postes clés, ceux de la commission européenne, cénacle des nominations entre amis pour assurer la continuité de l’UE en tant que grand marché et temple de la concurrence libre et non faussée. Le parlement n’est qu’un écran de fumée, c’est bien la Commission, détachée de toute onction populaire, qui décide. La droite a préféré troquer le poste inhérent à la décision des peuples, logiquement la présidence du Parlement, contre celui décideur à l’abri des peuples, celui de président de la Commission.

Ce roque comme on dirait aux échecs, n’a été possible qu’avec le consentement intéressé des sociaux démocrates. Eux récupèrent ainsi la présidence du Parlement avec la désignation ce mercredi du social démocrate David-Maria Sassolli. Celui-ci ne se contente pas d’être social-démocrate, il est aussi italien, une social-démocratie italienne exsangue, balayée dans les urnes, et coupable d’avoir laissée s’installer au pouvoir la Lega de Salvini en refusant il y a un an de former une coalition avec le M5S. Prime est donnée aux désavoués par les peuples.

Charles Michel est dans le même cas. Celui qui prend la présidence du Conseil européen a laissé en décembre dernier la Belgique sans gouvernement pendant six mois ! La coalition minoritaire qu’il dirigeait a en effet éclaté et le pays est resté sans gouvernement autre que technique jusqu’au 26 mai où son parti a été…battu. Le recasage bat son plein.

A moins que ce ne soit une prime donnée aux bons élèves de cette démocratie minoritaire qui devient la règle au sein de l’UE faute de pouvoir obtenir de la part des peuples des majorités élecctorales. L’espagnol Josep Borrell, nommé Haut représentant de l’UE pour les affaires extérieures et la politique de sécurité, en est un autre exemple. Lui aussi est recyclé puisqu’il était président du Parlement de l’UE entre 2004 et 2007, soit à l’époque du TCE lorsque l’UE a lancé sa grande offensive de trahison des volontés populaires. Mais il était aussi ces derniers mois ministre des affaires étrangères dans le gouvernement minoritaire du PSOE, un gouvernement qui assume le fait ne pas rechercher de majorité et de gouverner en étant minoritaire au sein de son propre parlement !

Pour compléter l’attelage, c’est Christine Lagarde, jusqu’ici grande argentière du FMI, qui prend la tête de la banque centrale européenne. Christine Lagarde avait été exfiltrée à New-York à l’approche du rendu de l’arbitrage en faveur de Bernard Tapie qui a coûté si cher au contribuable français. C’est aussi elle qui a organisé le renflouement à coup d’argent public des banques en tant que ministre de l’économie en 2008. Devenue depuis et par déjà des petits arrangements entre amis la grande argentière de la finance mondialisée, elle vient à la tête de la BCE reprendre l’offensive de dérégulation à l’heure où Etats-Unis et Chine restaurent une forme de protectionnisme pour faire valoir l’intérêt de leurs salariés.

Le grand marchandage des postes clés de l’UE est un fonctionnement en vase clos dans le dos et contre les peuples. Il illustre par l’absurde tout ce que l’UE est devenue : un imperium technocratique au service de la finance qui se défie de tout contrôle et de toute légitimité démocratique.

4 commentaires sur “Au grand marchandage de l’UE, les peuples sont les pigeons

  1. Jean-Marie Liégeois Belgique dit :

    Petite correction: ce n’est pas Charles Michel mais son père Louis Michel qui fut commissaire européen il y a de cela une quinzaine d’années. Qu’à cela ne tienne, Charles Michel, en bon libéral, n’a exercé que des fonctions ministérielles depuis qu’il a quitté les bancs de l’école, son parcours de fils à papa vaut le détour pour un libéral.

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