La matrice du 5 décembre et suivants

Le 5 décembre, une marée populaire s’apprête à faire face à Macron. Les appels à la grève qui se multiplient ne témoignent en effet qu’imparfaitement de l’ampleur de la mobilisation qui se lève dans tous les secteurs de la société. La nature du corps social qui rentre dans l’action change. Et cela change dès lors l’objet de la mobilisation et donc les perspectives qui en découlent.

Entendons que le 5 décembre, ce seront déjà plus que les salariés et agents qui répondront à l’appel de leurs organisations syndicales. Ce sera plus aussi que la somme de ceux-là et de toutes celles et tous ceux qui vont prolonger leur engagement de Gilet Jaune en battant le pavé en pleine semaine, car Gilet Jaune, ce n’est pas un costume que l’on enfile le samedi mais bien un état d’esprit, d’éveil et de lutte permanent. Le 5 décembre et suivants, ce sera la grande masse populaire qui va bien au-delà cette jonction qui va rentrer dans l’action. Il n’est pas question ici de nier ou minorer le rôle des organisations syndicales dans la lutte ou des Gilets jaunes dans le sursaut démocratique que connait notre pays. Au contraire, ils y ont toute leur part. Mais justement, en prenant appui sur le travail par eux accompli, nous voici rendu au stade où celui-ci se prolonge au-delà d’eux.

Le 5 décembre, salariés, agents du public, étudiants, chômeurs, retraités vont se mettre en mouvement avec une visée collective qui dépasse la seule question des retraites qui pourtant va les frapper tous. Une visée qui ne se réduira pas à une hypothétique convergence des luttes dont le passé nous enseigne que sous cette forme elle reste une chimère. Non, le 5 décembre aura lieu l’agrégation sur un substrat commun, celui qui a grandi avec la double perception à la fois du mépris social et du mépris démocratique. Celui qui émerge quand la précarité structurelle à laquelle sont assignées nos vies va de pair avec notre mise à l’écart de la prise de décision politique.

Si la perspective du 5 décembre est si mobilisatrice, c’est justement parce que, quelque soit notre position dans le désordre socio-économique ambiant, nous l’appréhendons cette fois en tant que Citoyens. Non seulement nous savons que la vie qui va dysfonctionne, mais désormais que nous n’avons pas le choix et qu’il nous faut en changer. La bataille des retraites joue de ce point de vue un rôle de révélateur : la question des retraites est une question constitutive de ce qui fait société. C’est un contrat moral et politique que nous avalisons en entrant sur le marché du travail et dont on veut aujourd’hui changer les termes pour les minorer sans nous laisser voix au chapitre.

Les minorer car le gouvernement et Macron peuvent bien user du bouclier sémantique des régimes spéciaux et plaider avec toute leur mauvaise foi qu’il s’agit de réduire les inégalités, chacun constate in situ qu’il s’agit au contraire d’étendre le règne des inégalités par un alignement par le bas. Sans nous laisser voix au chapitre au chapitre car la retraite, avant d’être une question comptable ce à quoi veut la réduire Macron avec le déficit autoproclamé et organisé du financement, doit être appréhendée comme une organisation des temps de la vie individuelle et collective, et donc comme une question de fond de ce qui fait société…ou ce qui ne le ferait plus. La retraite prise dans cette acception large est la meilleure réponse pour se défaire des chausse-trappes communicationnelles de Macron et ses sbires.

La levée populaire en masse à partir du 5 décembre prend donc racine sur le ferment constituant qui a commencé à ré-irriguer notre être collectif. Cette volonté farouche de ne plus se laisser faire et d’exiger de pouvoir décider ce qui est bien pour soi et bon pour tous. Ce faisant, le 5 décembre, la mobilisation sort du registre de la contestation. Elle change de nature et acquiert une puissance nouvelle. Elle vise à renverser la table pour se reconstruire en tant que société.

Le 5 décembre sera une réussite à laquelle chacun doit contribuer. Mais il marque aussi et peut-être avant tout le début de la fin de leurs politiques qui nous font vivre à genoux. Le 5 décembre et suivants, le peuple va reprendre ses droits.

François Cocq

Un commentaire sur “La matrice du 5 décembre et suivants

  1. […] La matrice du 5 décembre et suivants – François Coq […]

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