Retraites : de la fin du mois au début du nous

La mobilisation du 5 décembre est sans conteste une remarquable réussite pour toutes celles et tous ceux qui en sont partie prenante, et ce grand nombre va bien-au-delà des grévistes et des manifestants. Pour autant, à ce stade, elle demeure sans réponse de la part du gouvernement Macron. Alors qu’une grève reconductible se poursuit dans plusieurs secteurs dont les transports, et à la veille d’une nouvelle journée d’action ce 10 décembre, il importe de bien comprendre quels sont les ressorts si propulsifs de ce mouvement pour ne pas perdre l’élan populaire et se briser sur le mur institutionnel derrière lequel entend se réfugier le président de la République. Le 5 décembre est tout sauf un commencement. Il s’inscrit dans la longue histoire des luttes du mouvement ouvrier c’est un fait. Mais il prolonge aussi l’irruption citoyenne qui s’est matérialisée depuis un an avec les Gilets jaunes. Ceux-ci ont fait la jonction entre la question sociale et l’impératif démocratique de la réappropriation par le peuple de la décision politique. Ce faisant, ils ont donné à voir le début d’une refondation collective qui vise à faire société. Les retraites se situent très exactement à ce carrefour : la réforme voulue par le président Macron et la Commission de Bruxelles qui en déclinait le détail lors de ses « recommandations » 2019 imposées à notre pays, participe bien sûr du démantèlement de l’architecture de la protection sociale dont la réforme du code du travail et de l’assurance-chômage sont les pendants. Mais elle soustrait en parallèle la possibilité de choix au peuple. En 2017, Macron jugeait par exemple que « le problème des retraites n’est pas un problème de financement ». C’est pourtant très exactement le prétexte qu’il utilise aujourd’hui et qui cache une visée beaucoup plus large : « Nous refondons le pacte social de 1945 » comme l’avouait le 1er décembre Gérald Darmanin au JDD. Là où la douloureuse mais grandiose histoire nationale s’était matérialisée dans une assemblée constituante pour faire émerger le pacte social et républicain, Macron entend le jeter à terre pour en décréter un nouveau aux seuls intérêts des siens, en se gardant bien de le soumettre aux Françaises et aux Français.

Dès lors, c’est la conjonction de cette double revendication sociale et démocratique qui joue un rôle de catalyseur. En avoir pleinement conscience est essentiel à l’heure où ce mercredi le Premier ministre va faire des annonces qui ne manqueront pas d’essayer de diviser les franges les plus mobilisées, enseignants et SNCF en tête. Macron va bien sûr leur lâcher quelques miettes en guise d’obole sociale. Comme il l’avait fait il y a presque un an jour pour jour avec les Gilets jaunes. Mais cette diversion avait alors servi à mieux verrouiller la question démocratique et à ne rien céder sur cet aspect. Le même scenario se profile car Macron a bien conscience que c’est dans l’aspiration refondatrice du peuple que réside sa capacité d’agrégation et donc sa capacité à renverser l’ordre établi. L’indivisibilité du mouvement populaire, parce que réuni autour d’une même exigence démocratique, est l’un des grands enjeux de la séquence.

C’est pourquoi il importe que l’expression populaire puisse continuer à s’exprimer dans la le cadre le plus large possible. Tout le monde a pu constater au soir du 5 décembre la tentative de réhabilitation des organisations syndicales par le gouvernement et les tenants de l’ordre ancien. Certes les organisations syndicales ont eu un rôle central d’émetteur pour l’appel lancé pour le 5 décembre et beaucoup ont répondu directement à celui-ci. De même que beaucoup, dans la filiation de leur engagement au cours de cette dernière année avec les Gilets jaunes ont saisi cette date pour se joindre naturellement à l’action. Mais au-delà des uns et des autres, et la dimension physique des manifestations en témoignait jeudi dernier, le grand nombre est venu en ce qu’il est, à la fois salarié, chômeur ou étudiant, mais avant tout citoyen. L’enjeu est par trop important pour faire fi de ce franchissement de seuil et remettre le succès de la mobilisation populaire entre les seules mains de telle ou telle centrale syndicale sujette qui sera bien vite sollicitée par le gouvernement pour des compromis pourris.

La jonction de la fin du mois et du début du nous est la clé non seulement pour faire reculer Macron et lui faire retirer sa réforme des retraites, mais aussi pour jeter les bases construit d’un consensus populaire refondateur pour refaire société et retrouver collectivement le goût du bonheur.

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