Le temps constituant

J’ai le plaisir de vous annoncer la parution en cette fin d’année d’un ouvrage collectif, Le temps constituant, aux Editions du Borrego. Trois tables-rondes et discussions croisées autour de l’idée du processus constituant pour faire grandir une perspective refondatrice pour à nouveau faire société. Extraits.

Table-ronde N° 3 : Se constituer comment ? (avec François Cocq enseignant et essayiste politique, Charotte Girard universitaire, Alphée Roche-Noël auteur et administrateur dans le secteur associatif, table ronde animée par Vincent Ortiz, responsable de rubrique au Vent se lève)

Vincent Ortiz : Rousseau écrivait : « Jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe » (Contrat social, II, 3, « Si la volonté générale peut errer »). L’idéologie néolibérale a largement infusé au sein de la population française. Dans ce contexte, n’y a-t-il pas une forme de naïveté à penser que de la population réunie en assemblées émergera spontanément une constitution démocratique et sociale? Dans plusieurs cas, le couplage entre des institutions ultra-démocratiques et un environnement néolibéral a permis aux élites économiques et politiques de faire accepter des réformes qui leur étaient favorables, avec qui plus est la sanction du suffrage populaire (que l’on songe simplement aux Équatoriens se dépouillant volontairement, en 2018, d’organes de participation populaire, dans le cadre d’un référendum). Ainsi, dans quelle mesure la situation exige-t-elle que le processus constituant lui-même se déroule de manière purement démocratique, avec une parfaite identité des moyens et des fins?  N’exige-t-elle pas que des cadres soient posés en amont par des partis ou des mouvements?

 […] 

François Cocq : C’est pour cela Charlotte que je crois que ce qui nous préserve d’une réaction conservatrice est justement de suivre le fil d’Ariane du processus constituant car il définit une ligne de partage non excluante entre deux nouveaux ensembles qui correspondent aux enjeux à la période. Je m’explique : si vous définissez une frontière dans la société entre les 99% et les 1%, vous vous situez dès le départ, de par votre situation socio-économique, dans un camp ou dans un autre. De même si vous ne raisonnez qu’en termes de classes sociales, vous êtes assigné à résidence, du moins tant que la « classe universelle » n’est pas advenue. Je crois pour ma part qu’en partant de cette idée de frontière, d’un  « eux » et d’un « nous » chers à Laclau et aux penseurs du populisme, il faut redéfinir ce que j’appelle un populisme non conflictuel. Ou pour le dire autrement un antagonisme non conflictuel qui aura des vertus englobantes qui permettent de recréer un corps politique commun en portant tout à la fois la rupture avec l’ordre établi et l’aspiration à reforger un consensus populaire.

Je suis convaincu que le processus constituant est cette ligne de partage des eaux. Il définit deux ensembles initialement vides, face auxquels vous avez la liberté totale de choisir où vous vous situez : soit vous décidez de vous placer du côté de la transformation et de la réécriture collective d’un projet global, soit vous choisissez d’être du côté de la conservation de l’existant. C’est un choix que de s’inscrire dans l’un ou dans l’autre. Vous n’êtes pas assignés à résidence politique. Ce faisant, on offre une liberté qui permet de rompre avec la conflictualité.

J’ajoute que ce procédé n’est pas contradictoire avec l’existant : il ne nie pas les appartenances de classe, pas plus que les corporatismes. Il les dépasse. Et s’il est en capacité de le faire, c’est parce que l’état de la société appelle de tous côtés à ce qu’une perspective collective se dégage. La conviction que le fonctionnement du monde actuel nous conduit immanquablement au chaos tant sur la question écologique que de par les déséquilibres sociaux qui font voler en éclat l’idée même d’un consensus politique. Dès lors, le nombre de celles et ceux qui, malgré leur situation pour certains privilégiée, ont un intérêt à une sortie raisonnée par le haut de cette situation de blocage, grandit chaque jour un peu plus.

Le processus constituant n’est donc pas juste une méthode. Il correspond à un cheminement qui génère au fur et à mesure son propre contenu et qui ce faisant est le plus sûr moyen de nous faire tendre vers le bonheur commun. […]

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