17 décembre : la date pivot

Un mouvement social a ses séquences. Celui contre la réforme des retraites à la sauce Macron aussi. Et le 17 décembre apparaîtra à l’avenir comme la date pivot de celui-ci. Après la démonstration du nombre le 5 décembre, le 10 décembre était apparu comme un simple point d’étape empreint d’une forme d’attentisme. Le 17 décembre vient balayer cela en donnant à voir une force populaire joyeuse, sereine et confiante en son destin commun. C’est là une bascule qui pourrait s’avérer décisive.

Bien sûr, avec 1,8 millions de manifestants à travers toute la France et plus de 350.000 à Paris, la mobilisation du 17 décembre est un succès numérique. Mais l’essentiel n’est pas là : l’ambiance des cortèges, à commencer par celui de Paris, est en train de changer. Derrière la colère, la bonne humeur était communicative. A la relative atonie du 10 décembre a succédé le dynamisme festif et sonore du 17. Progressivement les gens s’approprient la mobilisation et y amènent leur contribution personnelle à l’action : qui de sa pancarte, de son chant, de son Gilet jaune redécoré, de son drapeau ou de la banderole de son lycée. La meilleure preuve de ce basculement se donnait à voir à l’arrivée du cortège parisien place de la Nation où les gens avaient du mal à se quitter, trop fiers de s’être reconnus dans ce Nous émergeant.

Les enseignements sont aussi politiques et sources de belles potentialités. Le premier est que le mouvement s’ancre de plus en plus en tant que mouvement populaire avant même que d’être un mouvement syndical. Il faut regarder la nature des cortèges : le flot se déverse en amont du carré de tête et des ballons des organisations syndicales. Celles-ci portent une contribution majeure en ce qu’elle sont capables de donner le signal du rassemblement. Mais désormais ce n’est plus derrière elles que celui-ci s’opère. C’est une force populaire qui prend appui sur le travail des syndicats qui propulse maintenant tout le monde vers l’avant. Cet autre basculement, on le doit à une culture commune qui peu à peu s’enracine, notamment avec le signal qui a été donné en ce sens par les Gilets jaunes qui, depuis un an, ont sans attendre fait acte de reconquête de leur souveraineté.

Notons que cela change totalement la donne quant à la stratégie gouvernementale. Le gouvernement pensait bien jouer sur l’âge pivot pour rompe le front syndical et essayer de la sorte de trouver une porte de sortie factice. Mais quand bien même Philippe et Macron parviendraient à rompre la convergence syndicale survenue avec la présence de la CFDT dans les manifestations de ce 17 décembre, ils pourraient tout au plus affaiblir le mouvement syndical en tant que tel en faisant voler en éclat son unité. Mais le piège serait indolore à un mouvement populaire qui est en train de se doter de sa propre autonomie d’action. Là est la meilleure garantie face aux pièges tendus par l’exécutif.

Là sont aussi ses potentialités. Il n’a échappé à personne que, si la mobilisation était plus forte ce 17 décembre, les présents du jour n’étaient pas forcément les mêmes que ceux du 5 décembre. Faites le décompte autour de vous pour vous en convaincre. Nous ne sommes plus sur un mouvement où les gens sortent en cadence à l’appel de leurs organisations syndicales. Ils adoptent leur propre rythme pour durer dans l’action. Beaucoup de ceux qui étaient là le 5 n’étaient pas là aujourd’hui. Et inversement. Et tous se remobiliseront demain, après-demain ou dans une semaine.

Bien sûr, l’arrogance du premier ministre qui n’a rien cédé dans son intervention du 11 décembre a joué dans ce basculement. Comme jouera en sa défaveur son « droitdanssesbottisme » affiché cet après-midi à l’Assemblée nationale. Comme a joué la collusion d’intérêts apparue avec l’affaire Delevoye dont les développements en cours donnent à voir que c’est en réalité une affaire d’Etat puisque, informé de la situation, le gouvernement savait depuis…2017 ! Le dépeçage de nos retraites a donc été confié en toute connaissance de cause à un valet qui allait prendre ses ordres à la source des profiteurs !

L’un dans l’autre, de la crise gouvernementale à l’irruption populaire, le 17 décembre apparaît bien comme une date pivot. Et la bascule de s’opérer enfin du côté de l’intérêt général.

François Cocq

Un commentaire sur “17 décembre : la date pivot

  1. Jean Paul MAÏS dit :

    A LIMOGES (j’y étais), les oriflammes syndicaux, tous syndicats confondus, n’ ont jamais été aussi nombreux (UNSA, FSU, FO, CGT), à l’ exception de la CFDT, invisible !
    Suite à quoi je pense que considérer les syndicats encore une fois comme « débordés par la base », serait une bévue.
    Au contraire, après l’ année de Gilles et John qui les a éclipsés,
    ils ont retrouvé toute leur raison d’ être !

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