Du maintien des municipales

Les élections municipales auront bien lieu. Aux dates initialement décidées. Emmanuel Macron, par la voix docile de son ministre de l’intérieur Christophe Castaner, s’est empressé de le confirmer jeudi 5 mars et a ensuite laissé filer l’horloge, rendant la décision inéluctable.

Bien sûr, il aurait pu en être autrement : au regard de l’épidémie de coronavirus que le président jugeait au même moment « inexorable », il eut pour cela suffi du « vote et de la promulgation d’une loi. […] Il y faut un motif d’intérêt général : une extension de l’épidémie pourrait en constituer un » comme le soulignait dans Le Monde le constitutionnaliste Olivier Duhamel.  Mais l’exécutif a coupé court au débat avant même qu’il ait lieu : « Il n’est absolument pas à l’ordre du jour de repousser les élections municipales, réaffirmait mercredi 4 mars la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. « Nous prendrons des précautions de bon sens en fonction des recommandations sanitaires, mais ces élections se dérouleront. Il s’agit d’un moment important de la vie démocratique de notre pays dont nous n’entendons en aucun cas priver nos compatriotes. » Argument d’autorité : avec la bonne foi qui la caractérise, Sibeth Ndiaye appelle à la barre la démocratie et fait passer un report pour une annulation. La grosse Bertha est de sortie est c’est rarement sans raison : Emmanuel Macron, qui a pourtant vidé son agenda pour donner à voir qu’il se mobilise entièrement contre le coronavirus, a fait, en conscience, le choix politique de maintenir ces élections. Les raisons méritent donc justement que l’on s’y attarde.

Il n’a échappé à personne que, quoique grand artificier du passage en force par 49-3 à l’assemblée nationale sur les retraites sous couvert de coronavirus, Emmanuel Macron a délégué à son premier ministre le service après-vente. Immanquablement, ce dernier paie ce muselage démocratique au prix fort. « En même temps », le président cherche lui à endosser une stature protectrice en redéployant son action visible, à défaut d’être efficace, sur la lutte contre le coronavirus. Il va même jusqu’à se poser en rassembleur,  appelant « à faire bloc. C’est ce que nous devons à notre pays », lui qui n’a de cesse depuis bientôt trois ans de le fracturer et d’assumer ce fonctionnement minoritaire de caste comme on l’a vu sur les retraites. Emmanuel Macron a bien vu les opportunités politiques que lui octroie le coronavirus et avant même que de songer à l’intérêt général, il lance une vaste opération communicationnelle pour en tirer avantage. Exagération ? Le vendredi 6 mars, il prodiguait ses conseils : «Il faut au maximum éviter de visiter nos anciens» … au cours d’un déplacement dans un Ehpad parisien accompagné de toute la smala de ses conseillers, communicants et journalistes dont on imagine qu’ils avaient été au préalable tous décontaminés.

Mais les raisons sont tout autant électorales voire électoralistes. Emmanuel Macron sait que son mouvement En Marche va au devant d’un cinglant désaveu dans les urnes que l’usage du 49-3 n’a pas manqué de renforcer. En maintenant les élections à leur date originelle et alors même que l’épidémie de coronavirus devrait au-même moment basculer en phase 3, il espère invisibiliser l’élection…et ses résultats. Les préoccupations grandissantes des Français face à l’épidémie ( 61 % des Français seraient inquiets selon un sondage) détournent en parti leur attention, bien aidé en cela par la communication du gouvernement et des médias à sa solde. Pas vu pas pris semble penser, cynique, le président de la République.

Il se prémunit pareillement d’une surinterprétation des résultats en acceptant, voire en favorisant,  un faible taux de participation. Une enquête Elabe pour Les Echos estimait cette semaine la participation à 62%, soit son plus faible niveau pour une élection municipale sous la Ve République. Et il est à parier que l’évolution de l’épidémie ne renforcera pas ce chiffre !  Dans ces conditions, Emmanuel Macron aura beau jeu de minimiser les conséquences politiques de cette élection dont il cherche, en vain, à se défausser depuis des mois.

Mais l’abstention sera aussi ciblée et le président y trouve intérêt : dans la même enquête, on apprend que la participation des plus de 75 ans serait en baisse d’au moins 7 points. D’une manière générale, la participation des retraités, ceux pour lesquels Emmanuel Macron évoque  que « notre priorité absolue est de protéger les plus fragiles face au virus. Ce sont des personnes qui ont d’autres pathologies, ce sont les personnes démunies, et ce sont nos aînés», ceux-là vont sans nul doute refluer des bureaux de vote. Or cet électorat, après s’être rabattu sur Emmanuel Macron aux européennes lorsqu’il avait endossé le costume de gardien réactionnaire du parti de l’ordre, s’apprêtait à faire retour dans son camp, auprès de LR, historiquement plus implanté sur les territoires. Emmanuel Macron, qui voit dans la désintégration de la droite la seule perspective d’élargissement de son socle, tient là, et il le sait, une occasion de franchir l’écueil a priori si difficile des municipales sur cet aspect.

Bien sûr, il lui faudra composer, à l’inverse, avec un renforcement des listes de « gauche ». Leur électorat, boosté par la rancœur contre l’usage récent du 49-3, trouvera source à se mobiliser et, à défaut de progresser dans l’absolu, pourrait fort bien emporter des victoires relatives. Mais Emmanuel Macron accepte sans coup férir cette réhabilitation partielle tant il sait que le caractère si hétéroclite et la diversité des constructions de « rassemblement à gauche » le prémunit pour demain contre toute capacité propulsive d’une telle entité au niveau national. Surtout, fidèle à son diagnostic de 2017, le président considère que le « rassemblement à gauche », par delà les lignes de clivage structurantes et persistantes, ne suffit pas aujourd’hui à faire émerger une majorité populaire, voire même est contreproductif pour atteindre ce but.

Emmanuel Macron fait donc un pari sanitairement cynique mais politiquement raisonné en maintenant les élections municipales. Il espère non seulement ne pas être de trop éclaboussé par l’échec prévisible des listes de son camp, mais il entend également en sortir personnellement réhabilité et avec une carte politique qui lui serait plus favorable. Les oppositions institutionnelles, qui cotisent chaque jour un peu plus dans une artificielle « unité nationale » et s’interdisent de jouer leur rôle qui devrait pourtant être décisif d’interpellation du gouvernement afin de vérifier l’efficacité de son action, sont curieusement restées silencieuses sur le sujet. A l’heure d’interpréter les résultats les 15 et 22 mars au soir, il conviendra de ne pas minimiser l’impact de ce maintien sauf à laisser le président être paradoxalement le grand vainqueur d’une élection qui lui est si défavorable.

François Cocq

 

 

 

 

2 commentaires sur “Du maintien des municipales

  1. Jean Paul MAÏS dit :

    La stratégie supposée de MACRON apparait comme machiavélique, mais vraisemblable tant l’ homme est roué et imbu de sa personne !  » Après moi, la pandémie …  »
    C’ est en BELGIQUE :  » pour deux Coronas achetées, une Mort subite offerte ! « 

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  2. Cyrano 78 dit :

    Bonjour François
    Tu en penses quoi de ceci ?
    https://yetiblog.org/archives/22562?fbclid=IwAR31cfSqK9dT0niSoQZKZcXS49eqDT_fbi3tyfQtsu0tq7KI_g1PAuB31X4

    C’est un retour aux fontamentaux, un test ou quoi ?

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