Politique sanitaire de l’offre : le crash test

Le coronavirus joue le rôle de grand révélateur. Si l’impréparation, la désorganisation et même la pénurie sautent aux yeux de tous et produisent d’ores et déjà des effets terribles en termes de santé publique, elles ont aussi un effet rebond : elles conduisent à des choix politiques contraires à l’intérêt général. Une politique sanitaire de l’offre s’emboîte dans la toute puissante mais absurde politique économique de l’offre imposée au service public ces dernières années. Se met ainsi en place en pleine crise sanitaire un système qui consiste à décider non pas en fonction de ce qui devrait être fait, pas même de ce qui pourrait l’être en fonction de l’existant, mais de ce qui peut être pratiqué pour occulter les choix désastreux dont on meurt aujourd’hui.

Les tests de dépistage du coronavirus en sont un révélateur puissant. Depuis des semaines, le gouvernement se pare d’un pseudo vernis scientifique pour justifier le non recours à des dépistages massifs. Les ministres se sont succédé aux micros pendant des jours pour expliquer qu’il ne servait à rien de pratiquer le dépistage à grande échelle. En l’espèce, cette attitude ne répond à aucune préconisation scientifique, mais vise exclusivement à habiller l’absence de tests en nombre suffisant pour conduire la politique sanitaire qui serait adaptée. Les deux pays qui ont réussi à contenir à ce stade l’épidémie, la Chine et la Corée du Sud, ont en effet eu recours à une généralisation des tests. De même pour le Japon. En Allemagne, pays qui compte à ce jour et de loin le moins de morts parmi les grands pays de l’ouest européen, on pratiquait même dès le début du mois de mars des contrôles routiers de coronavirus ! Le 16 mars, c’est l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui lançait même par la voix de son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus un appel des plus clairs : « Nous avons un message simple pour tous les pays : testez, testez, testez. […] Les pays ne pourront lutter contre la pandémie s’ils ignorent qui est infecté et qui ne l’est pas. […] Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés. ».

Si la France ne s’est pas alignée, c’est qu’elle ne disposait pas du nombre de tests suffisants. Ce qu’était contraint de reconnaître Jean-François Delfraissy, le président du Comité consultatif national d’éthique, le 18 mars: le manque de tests est « un vrai problème ». « Les tests permettraient, si on les avait en grande quantité, de tester les individus suspects et de les isoler par rapport aux contacts. Si nous n’avons pas choisi cette stratégie en France, comme cela a été fait en Corée, c’est parce que nous n’avons pas la capacité dans un premier temps de réaliser des tests pour un grand nombre de personnes ». Au point qu’une infirmière témoignait le 21 mars du fait que même à l’hôpital, on ne peut plus tester les malades faute de matériel et ainsi les orienter. La politique sanitaire de l’offre préside et c’est celle de la pénurie.

Mais l’impolitique, entendre ce qui est contraire à la bonne politique, ne se contente pas de faire des ravages en amont. Elle persiste et signe. Là où le scientifique admet que la stratégie sanitaire est un pis-aller du fait de l’inconséquence initiale, le politique lui cherche encore et toujours à falsifier la réalité. L’Elysée faisait en effet savoir qu’il s’agissait là uniquement d’une « opinion personnelle » du président du conseil scientifique (Le Monde du 22/03). Autrement dit, dans une logique de fuite en avant, le président Macron préfère détourner un avis scientifique plutôt que laisser apparaître que c’est la gestion de crise, par lui et son gouvernement, mais aussi par leurs prédécesseurs, qui sont en cause. Il est ainsi significatif qu’à partir du 20 mars, la stratégie de tests massifs ait refait son apparition dans les bouches ministérielles… pour être appliquée en sortie de confinement. Autrement dit lorsque la France aura pu se réapprovisionner. Chacun comprend bien que c’est feindre de théoriser une action sanitaire tout en continuant à subir les évènements.

Plus grave encore : accepter la politique sanitaire de l’offre en pleine crise revient à refuser de prendre les mesures nécessaires pour ne pas révéler la réalité. Ainsi, en l’absence de tests, le gouvernement aurait pu faire en sorte de s’en doter au plus vite. Mais le gouvernement a une excuse boomerang : les tests nécessitent un réactif spécifique et sont désormais réalisés exclusivement en Chine et aux Etats-Unis. Or l’industrie chinoise est à l’arrêt et les américains gardent ceux qu’ils produisent. Voilà ce qu’il advient lorsqu’on externalise et qu’on abandonne toute souveraineté, y compris sanitaire. Mais là encore, d’autres sont plus heureux que nous. Ou du moins plus efficaces. L’Espagne a commandé et va recevoir dans les tous prochains jours 640.000 tests ! De la même manière que Macron a retardé le confinement pour légitimer la tenue des municipales, il aurait été nécessaire de réagir dès le début de la crise, ce que n’a pas fait le gouvernement Macron-Philippe, tout occupé qu’il était à essayer de masquer la pénurie et ce faisant les politiques irresponsables mises en œuvre depuis quelques années.

Le politicien Macron a en effet vite repéré le danger : reconnaître que la stratégie adoptée par le pouvoir est contrainte par les mauvais choix antérieurs, ce serait admettre deux choses. D’abord la casse depuis des années du service public hospitalier, et notamment la destruction volontaire des lits de soins intensifs, rabotés de 30 % en 20 ans. Ensuite la réduction de la préparation aux crises, et notamment la volatilisation des stocks de masques de protection, passés en quelques années de 1 milliard à à peine 100 millions. Or Macron, les siens, leurs alter-égos, sont ceux qui ont désorganisé la santé publique depuis 10 ans. Passant d’un ministère à l’autre en dépit des élections, ils sévissent sans discontinuer et cherchent aujourd’hui à effacer les traces de leurs responsabilités : les Gabriel Attal, les Benjamin Griveaux, membres du cabinet de la ministre de la santé de Hollande Marisol Touraine, les Jérôme Salomon, membre du même cabinet avant de devenir le conseiller santé du candidat Macron et d’être récompensé pour cela par la le poste de directeur général de la santé en janvier 2018. Tous ceux-là ont démembré le système de santé et la gestion de crise. Leur seule porte de salut consiste donc aujourd’hui à se couvrir en justifiant par des arguties scientifiques une politique contrainte  par leurs manquements passés et présents.

La politique de l’offre n’a de manière général aucun sens pour ce qui relève du bien public et commun. La santé en fait indéniablement partie. Définir par avance une offre de soins sur une base comptable et non en fonction des besoins et de ce qui est susceptible d’advenir est on le voit criminel. Cette logique génère elle-même une fuite en avant en produisant une politique sanitaire de l’offre en temps de crise, en cherchant à adapter le vivant à la pénurie déjà créée, et ce faisant en acceptant la mort. Les responsables passés et présents portent une responsabilité conjointe dans les drames d’aujourd’hui et nous devrons faire en sorte qu’ils n’aient plus droit de cité demain.

François Cocq

2 commentaires sur “Politique sanitaire de l’offre : le crash test

  1. henthouarn dit :

    Le confinement, indispensable les choses étant ce qu’elles sont, sert le véritable objectif de Macron: faire taire la contestation de sa politique, éliminer toute manifestation! Le confinement réussit là où les matraques, LBD, gaz lacrymogènes ont échoué. Il pourrait donc être prolongé longtemps. Les puissants ont pris leurs dispositions pour s’en accommoder. Telle est mon opinion, rien de plus qu’un point de vue.

    J'aime

  2. Merci, ça permet de se sentir un peu moins seul face à la propagande du régime.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s