Le discours de la honte

Macron s’est exprimé une fois encore, une fois de plus, une fois de trop. Macron s’est exprimé pour ne rien dire. Sinon pour essayer une fois encore de faire la morale aux Françaises et aux Français et raffermir par des mots que chacun sait pour lui vides de sens un pouvoir dont il sent qu’il lui échappe.  La « grande peur » de Macron n’est pas sanitaire, elle est politique.

La mise en scène est sordide. Macron, devant l’hôpital militaire de Mulhouse et une arrière-scène où l’on se représente les dépouilles qui gisent et partout autour les soignants qui sans relâche fourmillent. Privilégiant une fois encore la communication à l’action, Macron avait un message à double sens à faire passer : il est le chef de guerre, et la guerre nécessite l’unité nationale. Mais parce que la première assertion est fausse et qu’il s’apparente bien plus à un déserteur ou un traître, la seconde  est dénuée de sens. Le discours en devenait dès lors grotesque et honteux.

Macron a bien commencé par saluer ces médecins et hospitaliers qui, au prix de leur vie, ont œuvré jusqu’au bout pour sauver ceux qui les entouraient. Mais l’épitaphe a sciemment fait l’impasse sur les conditions matérielles indignes de ces soignants et des autres qui ont été livrés sans défense à la propagation de la maladie. Il veut aujourd’hui les « récompenser » ? Que n’a-t-il pas pris soin de l’hôpital plus tôt : il était « en première ligne » aux côtés de ses prédécesseurs pour initier le saccage. Et ceux qui l’accompagnent organisaient le tir d’artillerie : Jérôme Salomon était conseiller à la sécurité sanitaire au cabinet Touraine, celle qui a bazardé les stocks de masques. Olivier Véran, « premier des macronistes », a voté comme député tous les taux d’augmentation de l’ONDAM (objectif national des dépenses d’assurance-maladie) inférieurs à 2% et mis l’hôpital à la diète. Les mêmes prétendent endosser le masque de Zorro ? Sans honte ?

Mais dans la construction de son discours, ce propos présidentiel liminaire empreint d’une empathie toute artificielle n’avait qu’un but : mettre sur orbite l’agression assénée par Macron aux Françaises et aux Français. Comme à chaque fois que son pouvoir a vacillé depuis le début de son quinquennat, et c’est arrivé plus souvent qu’à son tour tant sa gestion est calamiteuse, Macron a eu recours à la mise en accusation du peuple, gangréné par « la division » et « la haine », et enjoint à se ranger sans coup férir derrière « l’unité nationale ». Le caractère politicien de la manipulation était révulsant.

Et Macron d’égrainer ensuite, dans son langage tout militariste, celles et ceux qui forment ces «première, deuxième et troisième ligne ». Le propos ne passe pas. Celles et ceux qui hier encore étaient dans sa bouche « ceux qui ne sont rien » ont vite compris que l’artifice était purement communicationnel. Car chassez le naturel, il revient au galop : voyez Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement, qui le jour même voulait envoyer dans les rizières « les profs qui ne travaillent pas ». La caste a sa propre représentation de la société, profondément enracinée, dans laquelle l’utilité sociale n’est rien. La plèbe est par eux méprisée et tout au plus mérite-t-elle d’être exploitée : c’est l’objet des ordonnances Philippe qui portent jusqu’au 31 décembre2020 le caractère dérogatoire des mesures d’exploitations des salariés comme l’augmentation de la durée hebdomadaire légale du travail, ou des mesures qui abaissent leurs droits comme ceux au repos et à la récupération. Le discours de Macron est un contrepoint à ses actes.

La colère dans le pays est immense. Elle ne disparaîtra pas avec la sortie de confinement. Macron l’a bien compris et il a terminé son discours en jouant son va-tout : le recours à l’armée. C’est ainsi qu’il faut entendre l’éloge final aux militaires. Macron est nu face au peuple. Chacun sait désormais que lui et les siens sont responsables en amont, pour avoir saccagé l’hôpital public, pour avoir réduit les lits, pour avoir détruit les stocks de masques, pour avoir externalisé la fabrique de tests. Chacun se rend compte désormais que Macron et les siens ont agi avec retard, enferrés dans leurs calculs politiciens et électoralistes. Chacun se rend compte que Macron et les siens sont des médiocres, incapables de passer des commandes de masque, gel ou tests en temps et en heure là où tous les autres pays ou même des entreprises arrivent à se doter. Alors Macron, reconverti en chef de guerre de pacotille, espère pouvoir compter sur l’armée pour confisquer un pouvoir que le peuple viendra demain lui contester. Macron pousse l’indignité à, derrière le mot « unité », laisser planer l’épée de Damoclès de la guerre civile.

Mais un tel discours martial n’impressionne plus personne. Seule la honte rejaillit sur celui qui l’a prononcé. A l’inverse, la force et la conviction populaire grandissent. Alors, quand malgré Macron le peuple aura réglé la question sanitaire et pris soin autant qu’il le peut des siens, il sera cette fois assurément encore là pour lui régler aussi politiquement son compte.

François Cocq

5 commentaires sur “Le discours de la honte

  1. gui40210 dit :

    Bonjour François et les amis du blog,
    Voici le commentaire que j’ai fait ce matin sur Médiapart et qui je pense essai d’ouvrir des chemins pour demain.

    Ce qui se joue déjà maintenant pour Macron c’est bien le maintient des politiques misent en oeuvre depuis des décennies de paupérisation généralisée du Monde et de l’humain.
    Nous sommes bien dans une période de crise civilisationnelle.
    La marchandisation à outrance de l’ensemble du vivant ne cesse de créer des soubresauts et des révoltes sociales, écologiques de plus en plus importantes dans l’ensemble du Monde et en particulier en France. Notre Peuple reste un peuple minablement politique, malgré le décervelage des pseudos experts et spécialistes en tous genres qui nous rabâchent toujours les même choses  » et surtout leurs visions de leurs avenirs dans les « Grands médias » (BFM,FRANCE INFOS,CNEWS,etc,).
    Lorsque cette pandémie sera derrière nous, demain, il ne faudra pas se contenter de proposer des mesurettes symboliques mais bien de repenser nos modes de productions, de consommations, mais pour cela il va falloir se mettre à la tache et surtout déjà bien identifier les impuissances qui nous empêchent de diagnostiquer de façon lucide et avec une grande rigueur intellectuelle la période.
    Ce qui semble acquis pour une grande majorité de nos concitoyens, mais aussi de l’ensemble des forces politiques c’est que la cause écologique est indissociable de la cause sociale.
    Pour autant, il nous faut dorénavant une approche anthropologique.
     
    A la « France Insoumise » nous avons posé lors de la présidentielle de 2017 les bases de cette réflexion et placer « l’intérêt général Humain » au coeur de de notre projet politique et civilisationnel. Mais cela n’a pas suffit  à entrainer une majorité de nos concitoyens et de ceux qui dans d’autres mouvements politiques dit de « gauche »sentaient  bien que la réponse étaient encore insuffisante ou pour le moins diluée dans des approches parcellaires. 

    Pourquoi, seraient-ils maintenant plus enclins à franchir ce pas en avant pour non pas sauver la planète, mais bien mieux, sauver: « Le genre Humain »!
    Tout simplement, parce-que cette crise sanitaire révèle toute la folie de notre Monde qui dans sa fuite éperdue des profits à tous crins ne fait que nous mener à notre prote perte. Car peut-être pour la première fois nous prenons conscience avec la montée d’une angoisse collective pour l’avenir même de notre terre  que les solutions à apporter seront fortes ou ne serons pas.

    Peut-être que nous ne serons plus considérés comme de « doux rêveurs  » et que cela n’apparaîtra plus comme démesuré!!!???

    Je pensais que le prochain péril pouvait être une nouvelle guerre mondiale (je suis pupille de la Nation) et c’est pour cela que je m’étais engagé pleinement dans la campagne des Européennes. Mais finalement c’est un autre séisme humain qui a fait irruption et nous a obligé à nous arrêter collectivement. 
    Profitons de cette pause pour réfléchir, lire, débattre, et profiter du moindre moment…
    Prenez soins de vous et restons solidaires!

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  2. JL Douliéry dit :

    Puissiez vous dire vrai sur le degré de compréhension des français sur la crise. je suis plus pessimiste.

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  3. Oui hélas, je suis d’accord avec JL Douliéry. Il faut entendre la haine chez les chroniqueurs aux ordres qui ont tellement peur de leur ombre qu’ils n’ont plus le pouvoir de réflexion d’analyse nécessaire pour essayer de rester objectifs et concrets. Nos voisins Italiens demandent de l’aide à Cuba. Sous 24 heures, le problème est réglé. Quasi personne n’en parle. En France il faut 8 jours pour installer une toile de tente ! Remettre les finances au centre c’est plus important que la santé publique. Chez nos voisins allemands on réquisitionne les gymnases … chez nous on loge sous des tentes et on laisse les gymnases et salles de sport inoccupées ! Dans les gymnases il y a les sanitaires, l’eau, le chauffage, un meilleur confort que dans des tentes destinées au Sahel … Mais qui sont ces gens qui décident sans consulter personne ? Qui sont ces gens qui ont démoli nos structures sociales et qui viennent nous donner des leçons de « vivre ensemble » alors que l’ISF n’est même pas remise à l’ordre du jour et que les « premiers de corvée » font avec des bouts de ficelle, pendant que les premiers de cordée mettent leurs picaillons à l’abri !
    Comment un pays comme la France a pu tomber si bas et voter pour des comptables et des gestionnaires alors que nous avions le meilleur système social au monde !
    Oui, j’espère que le pays va se réveiller … mais j’ai quand même un doute sur le bon choix désormais.

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  4. Wullaert dit :

    Ces soit disant politique veulent notre peau… il se sent le plus fort avec sa bande ….attends Macron ….le jour où les riens te trouveront….tu ne fera pas le fier….pas de pitié….😉..

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  5. Jean Paul MAÏS dit :

    Ne trouvez-vous pas que dans tous ces discours infantilisants de MACRON, il y a comme un relent de ceux de PETAIN ?

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