Le Covidothon de Philippe

Cela en serait risible si ce n’était aussi grave. Samedi 28 mars, le premier ministre Edouard Philippe promettait d’apporter « toutes les réponses aux Français » dans ce qui était présenté comme une conférence de presse. Au final, nous eûmes droit une fois encore à un grand raout communicationnel, une émission de politique spectacle où Edouard Philippe, à mi-chemin entre Stéphane Berne et Michel Cymes, s’est mué en animateur d’un Covidothon infantilisant, l’utilité en moins.

1h30 de passages de plats avec le premier ministre en maître de cérémonie, invitant à la barre professeurs et ministre, étalant power point et courbes : l’exercice ne visait en rien à répondre aux questions, tout au plus était-il question d’auto-promotion et surtout de réécriture de l’histoire. Il n’aura échappé à personne que le coronavirus et d’une certaine façon l’histoire de l’humanité ont début pour Edouard Philippe et son ministre Olivier Véran…fin février 2020. La situation ante, les mesures qui auraient pu et dû être prises au préalable, les responsabilités passées et initiales, tout cela n’existe pas dans le récit des protagonistes qui font table rase du passée pour tenter de se doter d’une nouvelle virginité. C’est au nom de cette logique qu’Olivier Véran peut, pince sans rire, affirmer qu’il « a réagi trop tôt ». L’incohérence avec la suite de son exposé était totale alors même qu’il essayait de dissimuler qu’en réalité la France manque de tout : de masques, de tests, de lits, de médicaments…

Dans le même registre, se faisant sentencieux comme le président Macron 72h plus tôt, le premier ministre Edouard Philippe fulminait : « Je ne laisserai personne dire qu’il y a eu du retard sur la prise de décision ». Et bien parce que la menace ne marche ni avec moi ni avec les Françaises et les Français, j’affirme au contraire que vous êtes M. le premier ministre, vous et vos comparses, responsables et coupables de tels retard.

Sur le confinement d’abord. Le même samedi, Emmanuel Macron a trouvé le temps de s’exprimer dans 3 journaux italiens. Mais le président croit-il qu’en s’adressant aux médias de ce pays frère encore plus en difficultés que nous la comparaison minimise l’ampleur de ses fautes ? Toujours est-il qu’il y affirmait que les décisions avaient été prises en fonction de l’évolution de la crise et des expériences, notamment chinoise et italienne. Pourtant, alors que le confinement du nord de l’Italie (16 millions de personnes) date du 8 mars, puis de l’Italie toute entière le lendemain, alors que la province du Lodi épicentre italien du coronavirus a été coupée du monde dès le 27 février, alors que les mesures de confinement total de la province de Wuhan en Chine datent du 23 janvier, le président, engoncé dans ses tripatouillages électoralistes, annonçait le 12 mars qu’il envoyait 47 millions de Françaises et de Français (21 millions au final s’y sont rendus) se rencontrer dans des bureaux de vote ! Le confinement a de fait été retardé pour justifier la tenue de ces élections. Le 11 mars à 20h, le premier ministre annonçait ainsi cette mesure totalement incohérente de la fermeture des lieux de vie avant même l’ouverture des bureaux de vote, pis-aller du confinement que l’exécutif refusait d’instaurer pour maintenir ce scrutin politicien. Oui retard il y a eu et ce retard s’avère dramatique et désastreux. De cela il vous faudra, M. le premier ministre et consorts, rendre compte et vous ne pourrez pas faire taire les critiques par l’injonction.

Pareil retard à l’allumage se retrouve sur la question des masques. Fin février, le gouvernement affirmait que les masques n’étaient pas utiles. Pourtant aujourd’hui, Olivier Véran admet qu’il en faudrait 40 millions d’unités par semaine ! Face à cette pénurie, et outre la destruction des stocks organisée par les gouvernements successifs, la France a été incapable d’anticiper puisqu’elle-même en est encore à une production de 8  millions de masques par semaine. Surtout, Olivier Véran qui affirme avoir « réagi trop tôt », Edouard Philippe qui veut interdire de dire « qu’il n’y a pas eu du retard sur la prise de décision», ont confirmé n’avoir passé commande de masques FFP2 que…fin février ! Commande insuffisante puisqu’Olivier Véran annonçait qu’il vient de passer une commande supplémentaire d’un milliard de masques. La belle affaire ! Où sont-ils aujourd’hui ? Il aura fallu des semaines pour passer une commande qui de fait n’est pas encore livrée. Pendant ce temps, l’organisation mondiale de la santé affirmait encore le 27 mars que le manque de masques pour les soignants représente une « menace imminente », menace qui d’évidence n’a été ni anticipée ni traitée correctement par le gouvernement.

Le retard est tout aussi patent en ce qui concerne les tests. Sans vergogne, Olivier Véran et Edouard Philippe sont venus affirmer qu’ils allaient multiplier les tests pour se conformer à la recommandation de l’OMS. Or celle-ci date du mois de février ! Jusqu’à il y a une semaine, le gouvernement justifiait au contraire et de manière faussement « scientifique » le recours (très) limité aux tests. Manière de masquer là encore la pénurie. Toujours est-il que là où les tests massifs ont été pratiqués, comme en Corée du Sud, au Japon ou en Allemagne, la propagation du virus a été ralentie. En Allemagne, nous en sommes déjà à… 500.000 tests par semaine ! Du fait de l’inertie gouvernementale, nous étions encore en début de semaine selon les propres chiffres du ministre à 5000 tests par jour, et à 12.000 ce samedi ! Pire, le gouvernement continue à prendre du retard. Le 27 mars : Olivier Véran annonçait 29.000 tests quotidiens à partir de ce lundi ; 48h plus tard, il annonçait « entre 20.000 et 3000 tests quotidiens d’ici à une grosse semaine ». Au moins donc une semaine de décalage, pour un résultat final plus de deux fois inférieur à notre voisin d’outre-Rhin ! A force d’effets d’annonces, le gouvernement se prend les pieds dans le tapis de promesses qu’il est incapable de tenir.

Tout ça pour ça in fine. Edouard Philippe n’a eu de cesse de scander comme un mantra que c’était là un exercice de « transparence ». Allons… étymologiquement, la transparence est l’état de ce qui laisse passer la lumière. Or d’évidence, de lumières il n’y en a guère au plus haut sommet de l’Etat. Mensonges, falsifications, et réécriture sont de rigueur pour un spectacle indigne, initialement prévu à 14h avant d’être décalé à 17h, pour en réalité commencer près d’une heure plus tard : bref, Philippe, Véran et toute la bande ont a minima perdu leur après-midi pour travailler sur la mise en scène de leur covidothon. Sans doute n’y avait-il rien de plus urgent à faire dans la période ? En macronie, c’est décidément l’incompétence qui gouverne et la communication qui préside.

4 commentaires sur “Le Covidothon de Philippe

  1. JL Douliéry dit :

    Je pense comme vous qu’au delà de toute idéologie ces gens sont fondamentalement incompétents, et ils le seraient partout, dans le management d’une entreprise aussi car anticiper les risques, analyser les risques potentiels et mettre en place de mesures de réduction des risques identifiés, etc, c’est la ba ba.

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  2. Lunesoleil dit :

    De la politique spectacle comme on pourrait le lire.
    J’ai lu encore que les masques ont été commandés mais pas livrés ????

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  3. henthouarn dit :

    Est-ce vrai? En Italie les morts seraient de + en + nombreux malgré le durcissement du confinement ! Le retard important pris en France sur les autres mesures: masques, tests, matériels divers etc… est d’autant plus criminel !

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  4. FERRER JEAN PIERRE dit :

    Depuis le début de cette crise, le gouvernement dans on ensemble, nous prend pour des idiots, pire, pour des lobotomisés. Ils n’arrêtent pas de changer de stratégies aux sons des mécontentements. Les demi-mesures prises sont des démonstrations de leurs incompétences.
    Des chefs d’entreprises indépendants, se fournissent en matériel de protection plus vite et mieux que le gouvernement, l’armée, les entreprises d’état et tous ces administrateurs et administrations mis à disposition.
    Quand j’entends notre premier ministre nous dire qu’il ne permettra à personne de critiquer son excellente gestion de crise…
    Allez, il est trop tard pour vous et votre équipe….laissez, comme d’habitude en temps de crise, la solidarité des françaises et français, leur propre compétence et leur dévouement faire le travail. Je suis sûr qu’après vous paraderez. Mais où en sera votre conscience ?

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