Macron ou la solitude du mensonge

Des menteurs et des incompétents, tel est en résumé le jugement porté par les Français sur Emmanuel Macron et son gouvernement selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour Franceinfo et Le Figaro. Ce sondage ne serait rien s’il ne marquait très clairement la juxtaposition de celles et ceux qui prêtent encore foi aux dires de l’exécutif avec le socle électoral d’Emmanuel Macron. Hors LREM, une césure s’opère donc : non seulement Emmanuel Macron est seul, mais la légitimité que lui a conféré l’élection a disparu.

Selon cette étude, 75% des Français estiment que le gouvernement ne « leur a pas dit la vérité ». Ils sont 74 % à considérer qu’il n’a pas non plus « pris les bonnes décisions au bon moment ». Et 76% d’entre eux  affirment que l’exécutif « n’a pas fait ce qu’il fallait pour bien équiper les hôpitaux et les soignants face à l’épidémie ». Ce qui frappe dans ces chiffres, c’est à quel point ils apparaissent comme un contrepoint au socle électoral d’Emmanuel Macron : lors de l’élection présidentielle de 2017, celui-ci a en effet été élu avec 24,01% des suffrages exprimés lors du premier tour ; aux européennes de 2019, LREM et Modem ont conjointement recueilli 22,4% des exprimés. Autrement dit, seul le socle LREM radicalisé accorde encore aujourd’hui du crédit à la parole et à l’action gouvernementale, tandis qu’une fracture s’installe entre les gouvernants et le reste de la société.

La comparaison avec les autres exécutifs européens vire même au fiasco pour Emmanuel Macron et son gouvernement quand on sait la réprobation, notamment des Italiens ou des Espagnols, vis-à-vis de leurs dirigeants quant à la gestion de crise. En Allemagne, Espagne, Italie et Royaume-Uni, pays où pourtant la démocratie minoritaire est à l’œuvre, ils sont entre 43% et 46% à faire confiance à leur gouvernement selon les critères.

C’est ainsi une césure importante qui se met en place entre le peuple et l’exécutif. Que les ¾ des Français jugent que la vérité a été contrefaite et que les bonnes décisions n’ont pas été prises en temps et en heure, et la légitimité même d’Emmanuel Macron et des siens vole en éclat. La légitimité telle qu’elle est apparue au XVIIe siècle  est en effet « la qualité de ce qui est juste ». La légitimité ne relève donc pas tant de l’élection que d’un contenu et du fait qu’au regard de celui-ci elle s’accorde…ou non. Ici le contenu est rejeté et les artifices communicationnels du gouvernement pour tenter de l’imposer de force sont dénoncés par les citoyens. Rien n’est donc « juste » au regard des Français, ni les actes ni le verbe, comme l’exprime très clairement la perception des contrefaçons dans le discours de l’exécutif. Le glissement vers la conscientisation de masse de la falsification du discours marque une nouvelle étape : le hiatus de légitimité apparu lors du mouvement des Gilets jaunes, entre l’onction institutionnelle d’un côté et la légitimité populaire de l’autre, s’approfondit désormais au point que la parole ne suffit plus à le masquer.

Depuis 2017, Emmanuel Macron a fait de « la vérité » un mot totem qui vise à empêcher tout critique de la politique qu’il pratique. La rupture populaire qui s’opère aujourd’hui en termes de perception de la parole gouvernementale retourne l’argument contre lui. D’un côté ne reste plus pour soutenir sa politique que celle et ceux qui ont fait acte de foi à ses côtés. De l’autre toutes celles et tous ceux, et ils sont le nombre, qui ne lui accordent plus la légitimité sous quelque forme que ce soit. Ainsi, face à la solitude du mensonge, Emmanuel Macron est devenu L’Adversaire.

François Cocq

4 commentaires sur “Macron ou la solitude du mensonge

  1. yann dit :

    Oui vous avez raison selon moi , la conscientisation est en marche : c’est à dire non seulement la prise de conscience passagère d’un dysfonctionnement que les retours des beaux jours vont effacer, mais cette sensation profonde qu’il faut arrêter la machine infernale qui nous emmène derechef à la catastrophe et que le  » jour d’après  » commence par cela dès maintenant.
    La légitimité de ces gouvernants est totalement remise en cause à la lumière de cette crise sanitaire dont ils ont essayé/essaient de profiter pour rogner les libertés des français…
    Je pense qu’ils le savent : en témoignent les achats massifs d’armes et munitions en tout genre, dont aussi de la catégorie létale…
    bien cordialement
    y

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  2. gui40210 dit :

    Tu as totalement raison, le fil ténu de son élection à la présidentielle et le score de LAREM aux Européennes confirme le « désamour » et le rejet massif des citoyens Français pour les politiques rétrogrades et de casse de La République sociale est maintenant acté! Nous sommes bien à un tournant politique social et culturel. Cela ouvre des perspectives politiques qu’ils faut créer si nous voulons demain « des jours heureux »,

    Aimé par 1 personne

  3. henthouarn dit :

    Les bonnes décisions n’ont pas été prises au bon moment: beaucoup n’ont jamais été prises voire ont été sciemment et délibérément refusées! Masques prétendus inutiles dans un premier temps; tests réservés aux personnes atteintes, les bien-portants en étant écartés; refus de réquisitionner / nationaliser les entreprises produisant des équipements nécessaires, des médicaments; etc…
    Macron n’a pas voulu que puisse être sauvé ne serait-ce qu’un seul de « ceux qui ne sont rien ». Là est l’explication fondamentale de sa gestion du COVID-19!

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