Municipales : la fuite en avant

Emmanuel Macron et son gouvernement s’apprêtent à rendre leur verdict quant à la tenue du second tour des municipales au mois de juin. En l’état actuel des connaissances et des perspectives de déconfinement, le maintien de celui-ci à cette date apparaîtrait comme un énième épisode de la fuite en avant qui vise à occulter la dramatique faute initiale du maintien du 1er tour le 15 mars dernier.

Ces élections municipales sont désormais devenues le sparadrap de Macron-Haddock. Remettons les choses en perspective : il convient de toujours garder en mémoire la tentative initiale d’instrumentalisation du scrutin par le camp présidentiel, quand Macron espérait atténuer et occulter son échec électoral en maintenant les élections juste avant la propagation de l’épidémie. Agnès Buzyn le rappelait d’ailleurs dans le Monde, elle qui avait averti dès janvier de l’impossibilité manifeste de tenir ce scrutin (et la campagne qui va avec) en toute sécurité sanitaire. Macron s’est sans doute rendu compte de son erreur quelques jours avant le vote – le jeudi 12 mars nous dit-on – mais il a transformé l’erreur en faute en refusant le soir même le report, comme il ne l’a pas non plus acté le surlendemain lorsqu’il a pris la décision de fermer les lieux de vie. Les conditions étaient réunies pour une élection branlante, avec seul un premier tour qui pouvait se tenir. Absurde ! Depuis, Macron et le gouvernement cherchent par tous les moyens à justifier la tenue de ce 1er tour le 15 mars, quitte à s’enferrer dans un processus aussi nocif d’un point de vue sanitaire que démocratique. C’est d’abord la dissociation des 1er et 2nd tour, qui a permis au gouvernement de nier les biais démocratiques liés à l’abstention en général et à l’abstention ciblée par tranches d’âges. Voilà près de 30.000 élections entérinées lorsqu’Edouard Philippe a pris en urgence un décret le 15 mai pour imposer l’installation de ces conseils municipaux la semaine du 18 au 23 mai. Dès lors, le chantage à la tenue du second tour pouvait battre son plein car si celui-ci était reporté après l’été, il faudrait refaire…les deux tours ! Quid dès lors des conseils municipaux qui viennent d’être installés. Le piège se referme sur les citoyens.

Ceci étant posé, il convient d’examiner les éléments d’appréciation à notre disposition pour justifier de la tenue, ou non, du 2nd tour des municipales au mois de juin. Fort opportunément, et avant que le premier ministre reçoive ce mercredi 20 mai les chefs de partis pour évoquer avec eux le sujet, le conseil scientifique nommé par Emmanuel Macron s’est empressé de rendre un rapport…qui « ne s’oppose pas » à la tenue du scrutin à cette date. De fait, « s’opposer » à la tenue du scrutin ne fait pas partie des attributions du conseil scientifique. Par contre, ce rapport met en garde. Il est par exemple avoué que si un bilan du confinement peut-être fait, il n’existe pas de retour au 18 mai, date de remise du rapport, de retour d’expérience sur le déconfinement. Ce qui est pourtant l’enjeu central pour évaluer si l’élection pourra ou non se tenir. Or selon le conseil scientifique, « Il est encore trop tôt pour évaluer le niveau de SARS-COV-2 durant le mois de juin 2020. Les premières estimations ne seront sans doute disponibles que dans quelques semaines ». Et d’enfoncer le clou : « Ce contexte ne peut être considéré comme garanti au sens statistique d’une absence de risque ».

Le conseil scientifique « attire par ailleurs l’attention sur d’éventuelles difficultés d’organisation du scrutin dans des écoles, alors que ces dernières font déjà l’objet de protocoles d’organisation sanitaire exigeants, destinés à rendre possible l’accueil des enfants.  Leur utilisation pour la tenue du scrutin obligera à un nettoyage strict le lendemain répondant aux dispositions sanitaires en vigueur (Avis HCSP) ». Or les écoles sont largement utilisées comme bureau de vote, d’autant plus pour ce second tour qui concerne essentiellement les communes plus importantes. A l’heure où le gouvernement vante à grands cris le retour à l’école, la remise en état et la désinfection complète des locaux entre la tenue du scrutin le dimanche jusqu’à souvent 22h et la reprise des cours le lendemain semble plus qu’une gageure.

Mais les recommandations du conseil scientifique ont également un impact certain sur le fonctionnement démocratique : « Les règles générales édictées par le Gouvernement ou les préfets pour le mois de juin, en particulier en matière de rassemblements, limiteront les rassemblements et les possibilités de faire campagne ».  Le président du conseil scientifique explicite : « La campagne électorale doit être très réduite, très différente. Pas de campagne sur le terrain, pas de campagne sur le marché, pas de campagne à domicile », a martelé le professeur Delfraissy.

Quoi qu’il en soit, le conseil scientifique parle de « risques majeurs liés à la campagne électorale » tant pour les militants que pour la propagation de l’épidémie : « Alors que le scrutin peut bénéficier de conditions sanitaires sécurisées, la campagne électorale qui le précède peut exposer les personnes qui y participent à des risques renouvelés dans des conditions difficiles à sécuriser d’un point de vue sanitaire, et à accroître ce faisant un risque plus général de reprise de l’épidémie ». Bref, l’impossibilité de faire campagne est manifeste et si celle-ci devait être autorisée, elle serait dangereuse ! Voilà une réponse sèche aux demandes absurdes de 36 élus fossoyeurs de la démocratie qui, dimanche 17 mai, demandaient la tenue du 2nd tour en juin jugeant qu’il est inutile de faire campagne et que de toute façon une campagne électorale coûte cher !

On le voit, il est nécessaire d’aller au-delà des titres paresseux d’une presse bienveillante qui s’est empressée d’annoncer que le conseil scientifique ne s’opposait pas à la tenue du2nd tour en juin. La partition a il est vrai été rodée il ya quelques jours : à la veille d’annoncer le décret d’installation des conseils municipaux élus au 1er tour, Edouard Philippe recevait une étude sur l’impact du 1er tour. Et toute la presse de cour de s’empresser de reprendre en chœur que celui-ci n’avait pas participé de la propagation de l’épidémie. Ce que ne dit pas l’étude qui constate simplement que le rôle du 1er tour dans la propagation de l’épidémie n’a pas pu être démontré, pas qu’il n’a pas joué. Surtout, la même étude confirme les contaminations qui sont intervenues, celles-ci ayant pour certaines d’entre-elles conduit au décès de personnes ayant participé aux opérations de vote. C’est pourtant suite à ce rapport qu’Edouard Philippe a enclenché la mécanique qui doit le conduire à confirmer la tenue des élections en juin !

On le voit, la décision de maintenir le 2nd tour en juin est avant tout politique, plus encore politicienne, avant que d’être sanitaire et d’intérêt général. Non content de ne pas tenir compte des expériences néfastes passées, l’exécutif est engagé dans une folle fuite en avant à laquelle il convient au plus vite de mettre un terme dans l’intérêt sanitaire et démocratique du pays.

François Cocq

Un commentaire sur “Municipales : la fuite en avant

  1. Yves JESTIN dit :

    Macron n’en rien à foutre de la santé de « ceux qui ne sont rien », seule l’oligarchie compte à ses yeux!

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