Les fous du stade

Les Charlots gouvernent tant l’incohérence touche au burlesque. La saison de Ligue 1 de football est ainsi arrêtée depuis le 28 avril sur décision du 1er ministre. Pourquoi pas. Sauf que les semaines passant, cette décision si précipitée se révèle prendre à contre-pied les propres injonctions de l’exécutif sur la reprise du travail, de l’école, des transports…, et aller à contre-sens de ce qui ce fait dans les autres championnats européens. L’arrêt de la saison par le 1er ministre n’était donc pas anodin mais bien politique.

Le 28 juin, 16 millions de citoyens seront donc appelés aux urnes. Certes avec des règles de distanciation physique mais dans des espaces clos. Depuis le 11 mai, les salariés contraints de regagner leur lieu de travail se pressent dans les transports en commun. depuis le 18 mai, ce sont les écoliers les plus jeunes qui s’essaient à maintenir autant que cela faire se peut à cet âge les distances. Ni pour les ni pour les autres des mesures de tests préventifs ne sont appliquées. Tout au plus essaiera-t-on de circonscrire la propagation du virus si celui-ci est détecté.

A l’inverse, le 28 avril, lors de son discours à l’Assemblée nationale sur le déconfinement, le premier ministre a fait tomber le couperet sur la Ligue 1 de football dont la saison était considérée comme terminée séance tenante. On a pourtant vu la Bundesliga reprendre le 16 mai en Allemagne. Le championnat portugais reprendra lui le 3 juin et même en Espagne, pays touché s’il en est par le Covid, la Liga reprendra le 12 juin tandis que l’Italie étudie les modalités de reprise du Calcio et que l’Angleterre se prépare.

Il faut dire que au-delà de l’évident huis-clos pratiqué partout, des protocoles stricts sont mis en place puisque le suivi des joueurs est, on le sait, individualisé avec dans chaque club professionnel des services médicaux dédiés. Bref les joueurs sont testés, et les joueurs et les équipes isolés si besoin. Le football profite de fait de la stratégie qui a fait ses preuves dans la lutte contre l’épidémie Protéger / Tester / Isoler, celle-là même appliquée par exemple en Allemagne et à laquelle Edouard Philippe s’est rallié avec deux mois de retard le 28 avril…dans son discours à l’Assemblée nationale au cours duquel il annonçait la fin de la saison de football.

Le choix gouvernemental contrevient donc tout à la fois aux choix qu’il fait pour le reste de la société, aux décisions prises dans les autres pays pour le football, et même à la stratégie qu’il préconise. Tant d’incohérence fait frémir. Sauf à penser que l’arrêt définitif de la saison relève d’une logique perverse.

Depuis le début de la crise, la communication prime sur l’action. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que les commandes de masques annoncées ont par exemple été inversement proportionnelles au nombre de masques reçus. Toujours est-il que le 28 avril, il fallait à toute force, alors que le déconfinement se profilait, maintenir le peuple dans un état de tension et de crainte pour prévenir toute velléité d’éruption populaire. Le football, opium du peuple, était le symbole choisi. Oui vous les gens devez retourner travailler, mais toute forme de rassemblement hors l’activité productive et les rendez-vous fixés par le gouvernement doit être proscrite, à commencer donc par le football professionnel, miroir inversé de la société. Partant de là et du reste, notamment le maintien de la fermeture des bars et cafés là où les terrasses ont été déjà réouvertes sous conditions en Espagne ou en Italie par exemple, l’individu est renvoyé à sa seule fonction financièrement productive et enserré au sein de celle-ci par le régime de la peur instauré sur ses liens sociaux, ses activités de loisir, et l’interdiction faite à se qu’il reforme du collectif. Pour Macron et ses partisans, le Covid est l’occasion de faire muter de force l’être humain en strict homo economicus.

Le football, de par le cadencement des temporalités qu’il véhicule et la représentation qu’il renvoie pour beaucoup, était le medium nécessaire au gouvernement pour entretenir une communication larvée de la coercition volontaire. Mais les semaines qui passent révèle tant l’incohérence que le projet politique d’un libéralisme effréné poussé à son paroxysme. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que ce soit le football professionnel gangréné par l’argent qui en paie aujourd’hui le prix. Encore que là encore, on peut faire confiance aux Qatari du PSG, à l’investisseur américain de l’OM et autres fonds d’investissement qui détient les Girondins de Bordeaux pour ne pas en être eux de leur poche.

Un commentaire sur “Les fous du stade

  1. Jean Paul MAÏS dit :

    François, tu nous avait habitués à ne traiter que de sujets très sérieux : laïcité, 6ième République … et voilà qu’ aujourd’hui, c’ est le foot qui fait la une ! Sache François, que le foot et tous les autres sports professionnels gangrénés par l’ argent, j’ en rien à foutre !
    Sauf si, bien sûr, cela devait déboucher sur des centaines de millions de cadeaux aux clubs de L1 en perdition, afin de continuer à rétribuer scandaleusement des footballeurs analphabètes et illettrés !

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