Leur loi et la nôtre

Christophe Castaner a tenu mardi 9 juin au micro de Jean-Jacques Bourdin des propos inouïs et inédits. Le ministre de l’intérieur a ainsi revendiqué une adaptation de la loi en fonction de critères subjectifs définis par le gouvernement. Ce qui est ici en cause n’est pas la permission qui est tacitement accordée (qu’il est avilissant d’être soumis à cette possible censure de la liberté d’expression), mais le fait que les raisons qui président à cette autorisation sont déniées à d’autres mobilisations selon le bon vouloir du pouvoir en place.

Au micro de Jean-Jacques Bourdin, le ministre de l’intérieur a ainsi explicité les raisons pour lesquelles les rassemblements contre le racisme peuvent se tenir malgré l’interdiction de rassemblements de plus de 10 personnes : ceux-ci ne seront pas sanctionnés car ils traduisent « une émotion positive et saine » (voir l’extrait vidéo ci-dessous). Très bien. Ce combat est en effet légitime et l’expression populaire salutaire.

Pour autant, d’autres rassemblements sont actuellement interdits du fait de l’interdiction de rassemblements de plus de 10 personnes. Ainsi en est-il d’un certain nombre de mobilisations santé prévues mardi 16 juin qui subissent les foudres d’arrêtés préfectoraux d’interdiction. Les revendications des soignants, épaulés par toutes celles et tous qui exigent un service public de la santé de proximité, adapté aux besoins des usagers, et qui prenne en compte les personnels, ne semble donc pas être une « émotion positive, forte et saine » pour le gouvernement donneur d’ordre. De même que les manifestations des Gilets Jaunes interdites depuis 18 mois ne correspondent pas à l’idée que le gouvernement de M. Macron lorsqu’elles réclament le droit de vivre dignement.

L’interprétation de la Loi par le pouvoir exécutif est un piège qui ouvre la voie à toutes les dérives autoritaires. M. Castaner pas plus qu’un autre ne peut décider de qui peut manifester et de quels sujets le méritent sur la base d’un ressenti lu à travers un prisme politique. La Loi est l’expression de la volonté générale depuis Rousseau, pas le fait du Prince qui assujettit les libertés publiques à sa police de la pensée ! On se souvient qu’il y a à peine plus d’un an, le gouvernement avait tenté d’imposer une interdiction de manifester via l’autorité administrative avant d’être invalidé par le conseil constitutionnel. Cette fois, c’est donc l’objet de la manifestation qui s’exonère de la loi pour passer dans les mains du pouvoir exécutif. En décidant de quelle loi doit ou non s’appliquer, Christophe Castaner rompt à la fois avec la séparation des pouvoirs mais aussi l’Etat de droit et l’ordre républicain derrière lesquels il prétend se réfugier.

L’application à géométrie variable de la loi cache mal la tentation d’instrumentalisation par le gouvernement pour réduire le racisme à une question sociétale et mieux faire taire l’ensemble des revendications politiques et sociales qui bouillonnent aujourd’hui. Mais quand ce qui fonde la République est à ce point bafoué, il n’est nul besoin d’autorisation pour aller manifester contre le racisme mais aussi pour le droit de vivre dignement ou de bénéficier d’une santé gratuite pour tous. Ce soir, samedi, mardi ou n’importe quand.

François Cocq


5 commentaires sur “Leur loi et la nôtre

  1. gui40210 dit :

    Bonsoir,
    En tant que militant à La C.G.T Spectacle, il nous a été interdit de manifester samedi dernier sur l’ensemble du territoire! Par contre des milliers de personnes peuvent serendre au Puy du Fou du Chouan De Villiers qui au passage fair chaque année un don de 50 000€ à l’association contre l’avortement. Notre ministre de tutelle qui est sous cloche depuis sa prise de fonctions n’a pas eu un mot pour rappeller les principes fondamentaux en terme de liberté publiques. Ceux qui pensaient encore naïvement que le Monde d’après serait possible vont connaître des déconvenues sanglantes. Il va falloir à un moment ou un autre déscendre dans la rue et créer des rapports de forces avec cette « démocrature Macroniènne »

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  2. sylvianepantigny dit :

    j’ai participé à une manifestation organisée par la CGT spectacle samedi dernier à Nice (Nice !!!). Nous n’étions pas nombreux, environ 200, les policiers nous escortaient mais je n’avais nullement le sentiment que cette manif était interdite. Pour autant, ce que vous expliquez François Coq est parfaitement compréhensible : il ne faudrait pas que MM. Castaner et toute la clique gouvernementale s’imagine qu’elle va distribuer des bons points et tous nous manipuler. Rendez vous le 16 pour au minimum 1 000 000 de manifestants partout en France !

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  3. Jean Paul MAÏS dit :

    Les jours d’ après ne seront pas des jours heureux car nos marionnettes aux ordres du MEDEF vont essayer de profiter de la situation de semi-hibernation provoquée par le virus, pour réduire encore et toujours nos acquis sociaux. Alors oui, il va falloir manifester très fort, sauf que les mois de juillet/août ont toujours été les plus propices aux mauvais coups !

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  4. gui40210 dit :

    Mardi 16 juin : Nous les avons applaudis, maintenant il nous faut les soutenir !
    Plusieurs syndicats (CGT, FO, SUD, Unsa…) et collectifs hospitaliers (Inter-Urgences, Inter-Hôpitaux…), appellent les personnels et les usager·e·s à se mobiliser le 16 juin pour une journée d’action nationale d’initiatives et de grève.
    Et au delà des soignants c’est l’ensemble des salariés qui vont sublir « La deuxième vague » anti-sociale

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  5. […] Leur loi et la nôtre (francoiscocq.fr) […]

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