Le clone

Emmanuel Macron a donc décidé de changer de premier ministre et de nommer Jean Castex à Matignon. Décision solitaire et personnelle. Hors de tout contexte politique. Pour des calculs purement politiciens. En installant à Matignon le clone de celui qu’il vient d’évacuer. Pour une même politique. La Vème est une lente agonie.

Emmanuel Macron prétend se renouveler. C’est qu’il lui faut désormais essayer d’illustrer ce « monde d’après » qu’il nous a vendu comme un tube de dentifrice pendant le confinement. Il lui fallait donc changer. Changer pour changer. Ripoliner l’ancien pour lui donner les atours de la nouveauté. Au revoir donc Edouard Philippe, voici son clone Jean Castex, la barbe en moins.

Edouard Philippe était au plus haut dans les enquêtes d’opinion. Bien au-dessus du président sortant. Il venait qui plus est de sortir vainqueur de l’élection municipale havraise, et ils sont bien peu dans la majorité présidentielle à pouvoir en dire autant. Son départ ne répond donc pas à une conjoncture, pas particulièrement à une sanction populaire, encore moins à un changement de politique, l’entretien du chef de l’Etat à la presse quotidienne régionale la veille de son départ affichant ostensiblement cette continuité dogmatique. Non, juste les foudres de Jupiter qui se sont abattues sur sa personne au nom de calculs politiciens.

Jean Castex prend sa place. Promotion express de celui qui était en charge du déconfinement dont on ne pourra pourtant juger les effets que dans quelques semaines. Peu importe. Jean Castex, c’est les comptes ou la vie : avec l’ancien auditeur à la cours des comptes, président de la chambre régionale des comptes d’Alsace, directeur de l’hospitalisation et de l’organisation des soins au moment du dépeçage de l’hôpital public, l’austérité reste de rigueur.

Jean Castex, c’est surtout le valet des emberlificoteurs. Celui qui détourne l’attention lors des tours de passe-passe. En 2011-2012, il était secrétaire général adjoint de l’Elysée après que Nicolas Sarkozy a dénoncé la « finance folle » et la nécessité d’un autre monde. On a vu. En 2020, le voilà qui vient donc poser aux côtés de Macron et sa promesse du « monde d’après ». Jean Castex veille à la continuité des politiques d’avant et d’aujourd’hui.

Jean Castex est aussi un choix hautement politicien et électoraliste. Avec la nomination de Jean Castex, Emmanuel Macron poursuit ainsi son OPA sur la droite. Voilà un nouveau premier ministre qui comme son prédécesseur a vocation à accrocher à l’exécutif l’électorat d’une droite qui devra se contenter de ses positions locales et abandonner toute ambition nationale. Jean Castex, c’est enfin ce maire LR largement réélu le 15 mars dans le département où le RN a fait sa seule conquête de poids. Macron théâtralise ainsi l’affrontement avec le RN par Pyrénées-Orientales interposées. Le pseudo front républicain a explosé devant Alliot à Perpignan ? L’alternative passe par une dualité personnifiée que Macron prend soin d’installer. Cynique et dangereux calculs politicien.

L’Elysée installe enfin à Matignon un commis d’application des peines. Il est désormais clair pour tous que le pouvoir politique s’exerce à l’Elysée et que Matignon est réduit à être le premier échelon administratif. Emmanuel Macron avait dissous l’Assemblée sans le dire avec son armée de godillots. Il désarme maintenant Matignon.

Philippe et Castex ? Sarkozy et Macron ? Plus que jamais l’ensemble des pouvoirs est dans les mains d’un seul homme. La Vème agonise au point de ne plus vraiment mériter le terme de République, le citoyen réduit au rang de spectateur de la nouvelle parodie de la guerre des clones.

François Cocq

Un commentaire sur “Le clone

  1. pierre dolivet dit :

    Ni de gauche et surtout ni de gauche ! L’ENA, le réservoir des technos pour ne pas dire autre chose et qui devrait être remise en ordre dans le sens pour ce qu’elle a été conçue, à savoir l’intérêt de l’état avec un grand E, au sens noble du terme, n’est rien d’autre qu’un tremplin pour arrivistes et carriéristes, déconnectés des réalités du terrain..
    Mais là nous assistons à une sorte de ripolinage, même pas discret, pour faire la même chose en pire. La réforme des retraites est remise sur le tapis, alors que 700.000 jeunes vont arriver sur le marché du travail en septembre. Travailler plus est le crédo. Mais travailler tout simplement, n’est pas à l’ordre du jour puisque rien n’est planifié. On dilapide des milliards sans aucune contre-partie, comme avant et les dividendes continuent à être versés très largement. Le coup de pouce au SMIC attendra parce que des remplaçants à la direction de Ghosn, planqué au Liban, doivent toucher quelques 500.000 euros mensuels. Il y a des salaires minimum mais pas de salaires maximum pour certains.
    Qu’attendaient les français d’un nouveau remaniement ? Ne me dites pas qu’ils espéraient un changement ? Pour ça, il aurait fallu voter à un peu plus de 30 % dans les urnes et ne pas reconduire l’abstention et même l’augmenter.
    La rentrée va être compliquée … les coups durs, comme d’habitude, arriveront pendant les vacances. Attention, restons vigilants !

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