Le temps de l’action et de la refondation

La République est en deuil après l’attentat islamiste qui a coûté la vie à l’enseignant Samuel Paty. Mais ce drame marque sinon une rupture du moins un moment de bascule. Ce n’est pas seulement l’institution républicaine par excellence qu’est l’Ecole qui a été attaquée. C’est un enseignant en particulier qui en a été la cible, visé pour les savoirs et connaissances émancipateurs qu’il distillait en notre nom à tous pour faire vivre la liberté d’expression et la liberté de conscience dont elle est l’émanation. Dès lors il apparaît que ce sont bien aux contenus républicains universalistes que les obscurantistes islamistes font la guerre. La réponse ne saurait plus longtemps faire l’objet de mesures éparses mais être une initiative globale et conjointe de toute la société et doit s’articuler sur quatre axes.

Premièrement l’islamisme, c’est-à-dire l’islam politique, ne peut être tenu pour un à côté de l’islam. Le combat au sein de l’islam fait rage et les premières victimes en sont d’ailleurs les musulmans qu’il faut protéger comme tous les citoyens. Comme chaque religion confrontée à ses fanatiques et son extrême-droite, c’est aussi à l’islam de mener cette tâche en interne pour expurger ses éléments radicaux qui prétendent au nom du spirituel s’insinuer dans le temporel. Des messages importants ont cette fois été émis en ce sens par des autorités religieuses musulmanes comme l’imam de Nîmes ou encore le Recteur de la Grande Mosquée de Paris qui dès le 16 octobre au soir déclarait « Nous ne pouvons plus nous suffire de condamnations. Toutes les mosquées doivent agir. Et vite » ou qui quatre jours plus tard lâchait que « l’islamisme est une maladie de l’islam ». C’est là une avancée importante qui mérite d’être saluée, sans qu’il y ait pour autant d’immixtion des pouvoirs publics dans cette part de la bataille.

Deuxièmement, les pouvoirs publics et notamment les élus locaux doivent cesser d’être complices par électoralisme de l’islam politique comme d’ailleurs de toutes les extrêmes-droites religieuses qui veulent s’insinuer dans la vie de la Cité. En l’espèce, les islamistes radicaux ne survivent dans la société que grâce au terreau islamiste « institutionnalisé » fortement implanté dans certains quartiers et qui leur sert d’incubateur voire de bases arrières. La lutte contre l’islamisme radical ne peut donc se faire sans rompre avec les politiques nationales et pratiques locales qui ont laissé s’implanter et prospérer un islam politique qui se voudrait présentable.

Troisièmement, les pouvoirs publics doivent sortir de l’immobilisme. Il est anormal, alors même que l’alerte avait été donnée dix jours auparavant et que les menaces circulaient à la vue de tous, que rien n’ait été fait pour protéger Samuel Paty dans son cadre professionnel et privé. Le renseignement et la surveillance sont nécessaires. Mais s’ils ne servent jamais l’action, alors ils sont des pistolets à eau. Les réseaux islamistes sont aujourd’hui largement identifiés et bénéficient d’une mansuétude qui ne peut plus durer. La République doit être intransigeante vis-à-vis des franges de l’islam qui tentent de se frayer un chemin dans le champ politique. Les structures qui revendiquent une action en ce sens doivent être fermées. Mais parce que la cécité volontaire de l’Education nationale a été pareillement affligeante, la République doit aussi redevenir protectrice de son bien commun qu’est la laïcité. Pareillement, les politiques libérales qui ont conduit à ce que l’expression concrète de cette laïcité à travers les services publics, l’action sociale, les institutions républicaines (Education nationale, police républicaine et justice) se dissolve et devienne pour partie inopérante, doivent être mises en accusation et abandonnées. Car quand les actes conduisent à l’inverse des objectifs proclamés, le sens des valeurs qui les soutiennent flotte et disparaît. Enfin la déshérence organisée de certains quartiers par la jungle néolibérale et l’abandon d’une politique de la ville digne de ce nom doivent cesser d’alimenter la montée des inégalités, terreau fertile à l’enracinement de tous les communautarismes.

Enfin quatrièmement, les appels à l’Unité sont aujourd’hui des paroles en lévitation sans prise avec le réel. Celles et ceux qui ont ces dernières années accepté une ligne de partage des eaux autour de la confession des citoyens, fût ce en prétendant ainsi défendre des croyants, ont participé de la fracturation de la société qui sévit aujourd’hui. Dès lors, ce n’est plus tant une illusoire unité sur l’existant dont nous avons besoin, qu’une nécessaire refondation républicaine de la société autour du principe d’organisation politique et social qu’est la laïcité et qui repose sur la dimension politique exclusive de la citoyenneté. La réagrégation autour d’un pacte commun dont chacun se sent le dépositaire et qui relégitime aux yeux de tous l’action publique.  

La réponse à fournir est donc collective, structurelle et structurante. La poussière ne peut plus être mise sous le tapis faute de voir la société se disloquer. L’aspiration constituante était le fruit d’une volonté. C’est désormais la nécessité qui nous appelle.

François Cocq    

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