Effondrement, chronique décalée

Feuille constituante du 21 octobre

Covid, tempêtes, plans sociaux, islamisme : les crises et les chocs ne sauraient être comparés et mis sur le même plan mais le fait est que le rythme de leur avènement fait que l’un chasse l’autre dans le tourbillon étourdissant de l’actualité. En résulte ce sentiment étrange et anxiogène d’être à la merci du prochain évènement venu. Notre nature d’être social s’en trouve altérée.

Le climat d’incertitude n’est jamais propice à la projection dans l’avenir. Quand il se couple au rétrécissement des perspectives individuelles et collectives, alors c’est le champ des possibles qui semble se racornir voire se refermer. D’un côté, il y a donc une vague anxiogène : conscience concrète qu’un choc paradigmatique comme le Covid peut advenir à tout moment, et donc crainte latente qu’il se produise à nouveau; retour du religieux belliqueux dans la sphère publique ; incertitude accrue sur sa propre place dans l’organisation sociale avec le risque non plus seulement de perdre son emploi mais de voir celui-ci disparaître et donc sans perspective de le retrouver ; phobie du déclassement à l’heure où la pauvreté explose ; prise de conscience que la puissance publique, à s’être dessaisie, est devenue largement inopérante et ne peut donc plus assumer en tout domaine sa tâche de filet de protection et de sécurité ; interrogation sourde de savoir si les années à venir vont être des années de « progrès » ou d’obscurantisme …

De l’autre les réponses que nous y apportons, consciemment ou inconsciemment, en tant qu’individus : resserrement de l’espace géographique dans lequel nous nous mouvons, que ce soit par la limitation des voyages longue distance ou par le rétrécissement de l’environnement proche qui nous garantit l’accès à nos activités du quotidien ; réduction des interactions sociales et recentrage sur un environnement humain plus réduit, de la famille et des relations proches qu’il a fallu « prioriser » ; réaffirmation du besoin de protection de soi et des siens… C’est ce glissement, via le moment solidariste de la crise Covid, d’un individualisme égoïste (celui des 40 dernières années) vers un individualisme protecteur qui prétend prendre soin de soi et des siens, qui correspond au temps des « solidarités repliées » selon la formule si bien ciselée de mon amie Charlotte Girard.

La plupart des politiques vont proposer au mieux des réponses ponctuelles, et toujours viser à nous faire réintégrer le monde d’avant. Il faut au contraire s’en démarquer en prenant la mesure du changement de société qui s’opère. Cette fois, il n’est pas possible de faire comme si les modifications de la perception de soi et du monde qui nous entoure ne nous avaient pas transformés. Par effet rebond, la société, elle qui se trouvait si sûre d’elle-même et prête à passer à la suite, s’en trouve bouleversée. « Aux moments de crise, ce n’est pas contre un ennemi extérieur qu’on lutte mais toujours contre son propre corps » nous disait George Orwell dans 1984. De fait cela appelle des réponses politiques spécifiques de refondation populaire qui, de la reconstruction des liens sociaux et économiques, à la démondialisation en passant par une réaffirmation partagée de la laïcité, par la mise à distance de la prédation de l’oligarchie, ou par la reconquête de la souveraineté, apparaissent plus que jamais nécessaires.

François Cocq

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