Macron, en vœux tu en voilà

On n’est jamais mieux servi que par soi-même. A l’occasion de ses vœux pour 2021, Emmanuel Macron ne s’est pas tant adressé aux Français qu’il s’est parlé à lui-même. D’autosatisfaction en désir compulsif de règne universel, le monarque élyséen a livré un récit pour endormir les Français et se faire lui-même rêver.

L’Elysée avait « teasé » pour dire que ces vœux ne seraient pas convenus. Qu’ils seraient même intimistes. L’ambiance était donnée dès la Marseillaise inaugurale : le chant de l’Armée du Rhin était joué façon musique de chambre. Le « Nous sommes en guerre » de mars avait laissé la place à l’ambiance coucher public du roi. Car l’intimité n’est pas la proximité. Emmanuel Macron pouvait bien égrainer les prénoms de ces Français qui, eux, agissent, lui donnait à voir qu’il restait confiné, à distance de cette réalité qu’il récite machinalement mais qui lui échappe.

Alors le monarque, bouffi d’orgueil, s’est enfermé dans son propre éloge. Et Macron de lister ces politiques triées sur le volet adoptées au cours de l’année, et de surtout taire celles qui, des masques aux tests en passant par le déconfinement ou la vaccination, ont relevé du désastre, de passer sous silence celles qui entravent la Liberté et font entrer dans le droit commun des mesures d’exception comme autant d’entraves permanentes aux libertés individuelles. Macron n’a rien perdu aux jeux d’écriture comptables de son passé chez Rothschild et ferait passait son lourd passif pour une plus-value. Ainsi des vaccins. Emmanuel Macron a repris la fable des masques pour masquer le fiasco d’une campagne de vaccination qui plafonne à quelques centaines de personnes quand partout ailleurs dans le monde le vaccin est à disposition et largement injecté à ceux qui le souhaitent : selon le président, il ne faut aller ni trop vite ni trop lentement. Bref aller au rythme commandé par l’impéritie de sa politique. Désastreux.

Mais pour Emmanuel Macron, la France n’est qu’un tremplin pour assouvir ses rêves de gloire. Contre toute évidence Macron a repris son credo selon lequel la France « a mieux tenu que beaucoup » face au Covid, que notre pays est « l’un de ceux qui est le plus intervenu », et même qu’il est devenu le chef de file en Europe après avoir « su convaincre Allemagne » du bien fondé d’une mutualisation budgétaire. Apparemment, Emmanuel Macron n’a toujours pas compris que la France n’est pas grande quand elle se compare, surtout de manière autoproclamée et volontairement biaisée, mais quand elle fait vivre concrètement les idéaux universels qui font sa devise et qu’elle commence par prendre soin des siens.

Cette antienne macroniste est à mettre en regard avec l’interview présidentielle au Grand continent il y a deux mois. A cette occasion, prétendant jouer à fronts renversés, Emmanuel Macron proclamait vouloir remplacer le consensus de Washington, livre d’or du néolibéralisme galopant, pas le « consensus de Paris », réponse à l’échec patent du capitalisme financiarisé et mondialisé. Las. La France est trop petite pour celui qui à défaut de s’intéresser aux Français préfère chercher une reconnaissance internationale. Ainsi, si Emmanuel Macron, après s’être fait le chantre depuis le début de son quinquennat de la souveraineté européenne, fait mine depuis quelques mois de retrouver les vertus de la souveraineté nationale qu’il a mentionnée lors de ses voeux, c’est aussitôt pour affirmer que « notre souveraineté passe par une Europe plus forte, plus unie ». Là encore, comme lors de l’entretien fleuve qu’il a donné au Grand Continent, Macron n’emploie plus le terme de souveraineté européenne mais n’en remise pas pour autant le concept. Pris en défaut sur sa gestion de crise et plus globalement sur son impolitique, entendre ce qui est contraire à la bonne politique, Macron prend donc le large vers 2022 et imagine un récit où sa stature internationale autoproclamée jetterait les bases d’un nouvel ordre politique et économique mondial. A être petit chez soi on rêve de grandeur ailleurs.

Ainsi en est-il de la transition numérique mentionnée lors de ses vœux comme l’un des défis de notre pays. Pourtant, au même moment, on apprenait que Bercy, via la Banque publique d’investissement (BPI), passait un partenariat avec Amazon et sa plateforme « L’accélérateur du numérique » pour accompagner la transformation numérique des entrepreneurs français. Dilapidé le savoir-faire français et son contre-modèle de plateformes territorialisées regroupant entreprises et collectivités. Il faut que tout passe sous les fourches caudines des marketplace globalisées. Pire, Bercy livrait carrément à Amazon l’hébergement des données des 550.000 entreprises françaises ayant contracté un prêt garanti avec l’Etat (PGE) au géant américain. Les entreprises, potentiellement en difficulté, sont offertes au géant américain. Le tout sans contreparties, Donald Trump annonçant au contraire le jour même l’augmentation des droits de douanes sur les vins et spiritueux qui pourrait coûter 1 milliard d’euros à la filière française. La France est en passe de devenir une colonie numériques des Etats-Unis.

Emmanuel Macron a dès lors beau jeu de scander qu’il faut « inventer une économie plus forte » et que « l’espoir vit dans la liberté que nous retrouverons » quand, du dedans au dehors, il est le premier à saborder l’appareil productif et à le livrer clés en mains aux ravages de la compétition internationale et de la mondialisation. 2021 commence en effet par la révélation que Larry Culp, le PDG de General electric, va empocher un bonus de 47 millions de dollars, voire potentiellement de 230 millions en 2025, en profitant du redressement que lui permet l’acquisition d’Alstom que Macron lui a offert sur un plateau ! Pendant ce temps, les salariés trinquent : non content de ne pas avoir le début des créations d’emplois promises, les plans sociaux se succèdent comme à Belfort.

 « Nous serons là » conclut Macron. « On est là » lui disent depuis plus de deux ans les Gilets jaunes. Décidément, en 2021, Macron continuera à avoir un train de retard.

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