Blanquer, élève passif mais perturbateur

On se demande quels signaux d’alerte il faudra pour que le gouvernement se décide enfin à faire son devoir pour protéger de la crise sanitaire les quelques 12 millions d’élèves qui se pressent chaque jour dans les classes, et le quasi million d’enseignants qui les accompagnent. La question n’est pas ici de savoir s’il faut ou non fermer les écoles, quand bien même elle est effectivement posée : tout le monde s’accorde à dire qu’il faut, autant que faire se peut, les laisser ouvertes. Mais pas dans l’état d’abandon qui est celui de l’école aujourd’hui face au virus. La passivité du ministre Blanquer n’a d’égal que l’irresponsabilité du surveillant général Macron.

A la base, un enfermement : le dogmatisme de Blanquer. Celui-ci affirmait ainsi dimanche 10 janvier que «notre boussole, c’est de dire que la dernière chose qu’il y aurait à fermer en cas de durcissement des mesures, c’est l’école». Le raisonnement est erroné pour ne pas dire absurde. On ne peut postuler que la fermeture des écoles soit la dernière mesure nécessaire. Au contraire, la sécurité sanitaire des élèves mais aussi les risques encourus par leur entourage, sont autant d’éléments dynamiques que Blanquer est incapable de mettre en regard de leurs évidents besoins scolaires. Là où un équilibre doit être en permanence défini, le ministre répond par une réponse a priori, un dogme figé.

Vient ensuite une cécité sciemment construite : depuis septembre, le ministre Blanquer ment sur les chiffres de contaminations à l’école. D’abord en niant les cas contacts à l’école sous prétexte de port du masque. Puis carrément en falsifiant les chiffres, quitte à laisser apparaître un hiatus grotesque avec les remontées des différentes ARS. En novembre, de nombreuses enquêtes ont levé le voile sur la tromperie du ministre (lire ici dans Libération ou ici dans Le Figaro par exemple).

Pas découragé dans sa logique dissimulatrice, le ministre Blanquer occulte les taux d’incidence chez les jeunes Ainsi, chez les enfants de 0 à 9 ans, les taux de positivité sont en forte hausse. Les chiffres communiqués par Santé publique France via son site Géodes ont situé ce taux à 10,9% des tests réalisés dans cette classe d’âge à la date du 5 janvier. Depuis, les chiffres communiqués tournent autour des 10% alors qu’ils sont actuellement de 6,4% en population générale.

La situation est donc inquiétante à l’école. Jeudi 14 janvier, le ministre de la santé OIivier Véran admettait ainsi que le variant anglais touche plus les enfants que la souche initiale du Covid et est largement plus contagieux. Dès lors, si décision est prise de ne pas fermer les écoles, il faudrait que le protocole sanitaire et les mesures appliquées soient adaptées à la situation. Au lieu de cela, Jean-Michel Blanquer vient d’annoncer…qu’il ne changeait rien !

Ainsi, la mesure phare du 14 janvier est le lancement d’une grande campagne de dépistages auprès des élèves et personnels : 300.000 tests par semaine nous dit ainsi le premier ministre Castex, volant à Blanquer la seule pseudo-annonce qu’il aurait pu faire. Sauf que même celle-ci n’en est pas une : le 10 novembre dernier, Olivier Véran et le ministère de l’éducation nationale annonçaient déjà que un million de tests rapides seraient mis en place la semaine suivante dans les établissements (lire ici). Depuis, 10.000 ont été réalisés…Mauvaise blague.

Pour le reste, aucune mesure sérieuse : le maintien des demi-groupes au lycée ? Déjà fait. L’étalement possible des plages de cantine ? Déjà en place. Pour ce qui est des critères précis du protocole pour les fermetures de classe en cas de cas positifs, on repassera, rien n’est dit. Blanquer, c’est l’élève qui n’a pas ouvert un cahier et n’a rien de concret ni de précis à dire et qui alors brasse de l’air avec les restes des années précédentes.

Car il y aurait de quoi faire : alors que la diffusion du virus par aérosolisation est établie, Blanquer aurait depuis 9 mois, comme cela se fait en Allemagne, pu demander à ce que des travaux de ventilation soient entrepris. Non, lui propose d’ouvrir les fenêtres. Il aurait pu commander des pupitres individuels comme en Italie. Non, il n’y a même plus de consignes pour éviter les brassages : les règles sanitaires d’octobre ont été abolies ! Il aurait pu proposer des horaires différenciés en collège, genre les 6ème-5ème le matin, les 4ème-3ème l’après-midi, pour éviter la diffusion du virus : non, il serait contraint à sortir de sa léthargie.

L’inertie et la passivité du ministère de l’éducation nationale est en passe de devenir criminelle. Si les enfants doivent continuer à venir à l’école, alors que les mesures soient prises pour assurer protection et sécurité sanitaire. Au lieu de cela, Blanquer se félicite de ses passages en force. L’arrogance est bien souvent le défaut des médiocres qui s’ignorent.

François Cocq  

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s