Politique spéculative

Mon édito pour la Feuille constituante du 9 février 2021

Emmanuel Macron a joué : il a tout misé sur le non-reconfinement et sur un hypothétique maintien sous contrôle de l’épidémie de Covid. Fini donc le principe de précaution qui avait régi les décisions publiques ces dernières années. Fini le Macron catastrophiste qui, en octobre, justifiait par sa bouche le deuxième confinement par une absurde projection de …400.000 morts. Fini même le Macron de décembre qui liait le déconfinement à moins de 5.000 nouveaux cas quotidiens…Macron a fait sa mue comme un retour aux sources : désormais il parie et spécule sur nos vies.

Oh bien sûr il a trouvé quelques motifs à cela. Le moindre n’est pas dans son esprit l’aspect économique des choses. Ainsi, Bruno Le Maire lâchait il y a quelques jours le pot aux roses : le coût économique du premier confinement a été chiffré à 19 milliards d’euros par mois, quand celui de novembre entraînait un manque à gagner de 10 milliards d’euros par mois et le maintien du fonctionnement actuel avec écoles ouvertes un déficit de 4 milliards d’euros par mois. Pour qui pense en banquier, cela pèse.
Mais pour le reste, il lui a fallu mentir et falsifier les chiffres : une seconde nature dans le milieu de la haute finance. Ainsi Blanquer a évacué depuis septembre sous les masques les cas contacts pour faire croire à une école sanctuaire sanitaire. Ainsi Véran présentait-il le 1er février la part de variant britannique établie par une enquête réalisée…8 jours plus tôt. Le gouvernement est en retard parce qu’il est volontairement en décalage. L’annulation du passif d’un trait de plume n’a rien à envier au différé comptable.
Derrière son écran de fumée, Macron peut donc boursicoter en misant sur la vie des gens. Et jouer les grosses cotes. Ainsi, alors qu’Angela Merkel annonçait le 9 février prolonger au moins jusqu’à début mars les mesures de confinement dur (dont fermeture des écoles) prises depuis décembre alors même qu’en Allemagne le taux d’incidence est de 72,8 sur sept jours, son homologue élyséen essayait de faire tapis quand bien même en France le taux d’incidence atteint … 207 pour 100.000. Le triple !
La politique ne repose plus sur la recherche de l’intérêt général mais sur la capacité à performer à travers sa propre communication. Dès lors, des paris peuvent être tentés. Pour espérer des rendements à court terme. Car si l’Allemagne a bien compris qu’il vaut mieux des mesures drastiques mais courtes pour pouvoir ensuite relancer l’économie, Macron privilégie l’orgueilleux succès d’estime au prix d’une paralysie de long terme et d’un entre-deux insupportable. Qu’importe : il joue avec la santé des Français comme on joue avec leurs emplois à la bourse. La politique devient un objet privé qui vise à assouvir des intérêts personnels. Le court-circuit démocratique qui prive le peuple souverain de la décision change la nature des décisions. Mais ce sont pourtant toujours les mêmes qui paient l’addition, le chiffre des 80.000 morts liés au Covid ayant été franchi ce 9 février. Avec Macron, le cynique « socialiser les pertes, privatiser les profits » se décline en politique et s’applique jusqu’à la mise en danger de nos vies.

Un commentaire sur “Politique spéculative

  1. jean jacques favel dit :

    hélas, oui: « la Politique devient un objet privé » et le cynisme de certains de nos « élus » dépasse
    des limites pourtant bien floues.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s