Macron déclasse la France

Emmanuel Macron a fait un choix. Solitaire. Mais surtout personnel. Celui de différer les mesures nécessaires pour atténuer l’épidémie de Covid dans sa forme originelle et freiner l’expansion des variants. Ainsi depuis trois semaines et la tenue du conseil de défense du 29 janvier suivi des déclarations du Premier ministre Jean Castex annonçant la stratégie de fuite en avant, Emmanuel Macron s’enorgueillit-il de ce laisser-aller qui l’a vu se dresser seul contre tous, et notamment contre les scientifiques. Mais voilà que l’histoire, tragique, le rattrape.

Depuis le mois de novembre, le président et le gouvernement ânonnent, avec la bienveillance complice des médias dominants et acculturés, le mantra selon lequel la France serait le bon élève de la classe européenne, et même mondiale, dans sa gestion du Covid. Aux aveugles qui refusaient de voir la réalité des chiffres, la dichotomie qui est en train de s’installer avec nos voisins ne devrait pourtant cette fois pas échapper.

Ainsi, en Angleterre, Boris Johnson présentait le 22 février son plan de déconfinement. Déconfinement à moyen terme certes (réouverture des écoles le 8 mars, des commerces non essentiels, des pubs et des musées le 12 avril, cinémas, restaurants, public dans les stades le 17 mai…), mais déconfinement programmé et ordonné. Et Boris Johnson de préciser « qu’il est essentiel que cette feuille de route soit prudente mais aussi irréversible. » Sans doute y-aurait-il beaucoup à redire sur la gestion de la crise Covid en Angleterre et les Anglais se chargent par eux-mêmes de la critique. Mais force est de constater que depuis que des mesures fortes ont été prises, les effets combinés du confinement et surtout d’une vaccination massive, organisée et anticipée (17,6 millions de primo-injections, diminution de 85 à 94% des risques d’hospitalisation suite à la première dose), le pays est en état de rouvrir la société et de relancer progressivement son économie.

Concomitamment, en Allemagne, les écoles réouvrent après deux mois de fermeture et un plan de déconfinement progressif est envisagé alors que le taux d’incidence est tombé à 60, avec la perspective de descendre à 30 début mars tandis que celui-ci est toujours en croissance en France (202 au 23 février) avec des foyers explosifs (plus de 900 de taux d’incidence à Dunkerque, plus de 400 à Metz et de 500 dans les Alpes-Maritimes). Bien sûr, outre-Rhin, un protocole strict est prévu dans les écoles, avec notamment des cours en demi-groupes tournant et sans brassage ni même croisement des élèves issus des différentes classes. Bref les choses sont organisées à défaut de se contenter de porter le nom de « protocole super-méga hyper renforcé », mais dans les faits fantôme, comme sous Blanquer.  

C’est donc un décalage de phase avec la France qui saute aux yeux de l’observateur. Ici, on reconfine localement d’abord puis plus largement sans doute d’ici quelques jours du fait de l’échec de la vaccination (accès aux vaccins + déploiement) mais aussi pour avoir accepté le principe de plateaux hauts (les Alpes-Maritimes ont un taux d’incidence de 450 depuis…début janvier !), d’un nombre de morts quotidiens important (autour de 200), bref de choix politiques erronés contraires aux recommandations et modélisations scientifiques : les études et projections transmises fin janvier à Emmanuel Macron sont désormais publiques et elles explicitent l’inéluctable bascule épidémique qui intervient dès lors que les variants deviennent majoritaires. Emmanuel Macron savait donc à quoi s’attendre. Mais il a préféré rabaisser les scientifiques au rang d’oracles, Jean Castex qualifiant même leurs travaux de « prédictions » le 29 janvier pour mieux s’en éloigner. Pendant trois semaines, Emmanuel Macron s’est donc pavané, bouffi d’orgueil princier de ne pas avoir donné un tour de vis et faisant comme si l’entre-deux qu’il laisse subsister n’est pas au final le plus nocif pour les Français car tout à la fois cadre contraint et inefficace. Il en ressort surtout qu’Emmanuel Macron a fait le choix d’une victoire personnelle de court-terme au détriment d’un choix raisonnable d’intérêt général.

Le décalage temporel et de cycle entre la France et ses voisins, les uns sortant la tête de l’eau quand les autres, nous, nous apprêtons à prendre la marée, est une lourde hypothèque sur l’avenir. Emmanuel Macron a ainsi pris le risque non seulement de fragiliser plus encore notre économie alors que l’activité reprend progressivement ailleurs, mais il va aussi susciter une incompréhension et une colère chez les Français. Comment en effet consentir à toujours plus d’efforts quand l’étau se desserre par-delà la frontière. Emmanuel Macron est comptable de tout le bilan, humain, sanitaire, et désormais aussi économique et politique. Le pari perdu de Macron représente un moment de bascule dans son quinquennat. Il porte aussi et surtout un risque de déclassement pour notre pays qui sait ne pouvoir compter que sur la force populaire pour remonter la pente.

François Cocq

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