Macron érige la contradiction pour norme

Mon édito pour la Feuille constituante du 1er mars

Depuis le début de la crise Covid, les injonctions contradictoires venues d’en haut sont devenues une contrainte de vie qui s’impose à chacun : se faire vacciner alors qu’il n’y pas suffisamment de vaccins ; s’agglutiner dans les transports en commun alors qu’il faudrait respecter une distanciation physique ; envoyer les enfants dans des écoles au protocole sanitaire fantôme en sachant qu’ils deviennent alors l’un des principaux points d’entrée du virus dans les foyers ; louer pour les vacances de la Toussaint avant d’être confinés en plein milieu de celles-ci ; aller faire les soldes mais éviter les rassemblements…

Les gouvernants réduisent les citoyens au statut d’individus tiraillés entre deux directives incompatibles et contraints dès lors à assumer des choix personnels. L’Etat, y compris dans le champ régalien, se décharge de ses responsabilités et ne fait plus société. En découle une détresse psychologique pour les êtres humains qui, en tant qu’êtres sociaux, se nourrissent d’abord des interactions codifiées et organisées avec leurs semblables. Les injonctions contradictoires ne sont donc pas seulement un élément parmi d’autres de la crise Covid : elles sont le déversoir qui fait reposer sur chacun la responsabilité de la situation et qui nous rend individuellement comptable de l’échec institutionnel.

Mais aux injonctions contradictoires à l’épreuve des faits se rajoutent désormais les discours volontairement contradictoires érigés en méthode de gouvernement. La stratégie du nouvel expert épidémiologiste de l’Elysée consisterait ainsi à gagner du temps pour laisser une vaccination qui patine et tourne au ralenti produire ses effets. Le 19 février, le même évoquait un « assouplissement sanitaire » avant que, dès le 25 février, son premier ministre Jean Castex annonce en conférence de presse un tour de vis sanitaire à venir. Dans cette même conférence de presse, le résident de Matignon affirmait qu’aucune mesure nouvelle n’entrerait en vigueur avant le week-end du 5 mars et pourtant dès le surlendemain 27 février il demandait aux préfets des vingt départements sous surveillance de « prendre des mesures à caractère immédiat ». Bilan ? Hidalgo demandait un confinement à Paris quand le maire de Bordeaux Pierre Hurmic réclamait lui un assouplissement… Qui sème des discours contradictoires récolte non pas la territorialisation tant vantée, mais une grande pagaille si nocive.

Macron fait donc retour à ses commencements. Sauf que le « en même temps » produit du contradictoire à défaut de créer du commun. Même en pleine crise sanitaire, Macron s’affirme comme un élément de délitement social. Il conviendra au plus vite à la majorité populaire qui ne s’en laisse pas conter d’y mettre bon ordre.

François Cocq

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