Macron, ultime porte-étendard de l’UE

Le rôle de grand révélateur des dysfonctionnements du politique que joue la crise Covid n’en finit plus de mettre à nu les dogmes d’hier. Ainsi en est-il de l’Union Européenne (UE), dont on constate chaque jour un peu plus qu’elle n’est en réalité un carcan que pour ceux qui se complaisent à se lier les mains et se soumettent au bon vouloir de ses politiques parce que c’est aussi le leur. Pendant que Macron s’en remet totalement à l’UE malgré son inefficacité et continue à en faire l’apologie, d’autres comme le nouveau président du conseil italien Mario Draghi tonnent contre Bruxelles, tandis que d’autres encore en Allemagne, en Autriche, au Danemark, en Slovaquie, en Hongrie, en Pologne ou en République Tchèque, se sont littéralement affranchis d’un cadre incapable de répondre aux besoins de leurs peuples. L’UE vole en éclat sous nos yeux pour avoir prétendu être ce qu’elle n’est pas, un cadre protecteur, et révéler ce qu’elle est, un colosse aux pieds d’argile qui ne tient que par la dévotion que lui consacrent certains.

Au début étaient les masques. Tout le monde se souvient qu’il y a un an, dès le mois de février 2020, outre les mensonges gouvernementaux qui cherchaient à occulter la pénurie de masques et l’absence de stocks, plus d’un mois a été perdu en s’en remettant à l’UE. Celle-ci prétendait faire une commande groupée de plus d’un milliard de masques et réaliser de la sorte des économies d’échelles. Elle avançait en outre l’argument d’être un client sérieux du fait de la taille critique qu’elle représentait. Au final, l’UE a été incapable de faire rentrer le moindre masque ! Et plus d’un mois a été perdu, du moins en France, à attendre les bras ballants des masques qui ne viendraient jamais. Pendant ce temps, certains de nos voisins, plus prévoyants et moins aveuglés par le culte de l’UE, se mettaient en quête des précieux masques et disposaient ainsi d’avantages concurrentiels par rapport aux retardataires.

La même pantomime s’est donc reproduite un an après sur les vaccins. Mais cette fois, certains en tirent les conséquences, d’autres non. L’UE est en échec complet sur sa capacité à se doter de vaccins, à la remorque des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine, et même du Royaume-Uni, diantre, qui en quittant l’UE il y a quelques mois était pourtant promis au retour à l’âge de pierre. Au point que le nouveau président du conseil italien Mario Draghi, pourtant peu enclin à la controverse avec Bruxelles, demandait mercredi 3 mars à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen un «coup d’accélérateur» de la réponse européenne à la pandémie, «surtout concernant les vaccins».

D’autres sont las d’attendre. L’Autriche a ainsi lancé un programme de coopération portant à la fois sur la production et la recherche de vaccins avec le Danemark et Israël ce jeudi 4 mars lors d’un déplacement à Tel-Aviv. Accompagné de la première ministre danoise Mette Frederiksen, le chancelier autrichien Sebastian Kurtz considère ainsi que  «Nous devons donc nous préparer à d’autres mutations et ne plus dépendre uniquement de l’UE pour la production de vaccins de deuxième génération».

Quelques jours auparavant, la Hongrie confirmait la commande de doses du vaccin chinois Sinopharm et alors même qu’elle a commencé dès le 12 février sa campagne de vaccination avec le vaccin russe Spoutnik V. Ces deux vaccins n’ont à ce jour toujours pas reçu le feu vert de l’Agence européenne des médicaments (EMA). Mais à défaut de pouvoir compter sur l’UE, Oban a adopté sa propre stratégie. La Slovaquie lui a emboîté le pas qui vaccine depuis le 1er mars avec le Spoutnik V, suivie désormais par la République Tchèque. La Pologne quant à elle est en négociations avec la Chine.

Déjà en janvier, l’Allemagne n’avait pas attendu la validation de l’UE pour utiliser des traitements monoclonaux. Le bateau craque de partout. Confrontés à l’inefficacité de l’UE, les uns après les autres les pays membres décident de ne plus attendre l’approbation du surveillant général et prennent les initiatives qu’ils jugent utiles et nécessaires à leur population. Bref ils assument de recouvrer des pans de souveraineté.   

Seul, isolé, Macron est lui de ces dogmatiques qui s’arc-boutent sur la prééminence de l’UE « quoi qu’il en coûte ». Il faut dire que sa docilité n’a d’égal que l’inconséquence de son attentisme. Ainsi, le 15 janvier, il refusait par exemple de mettre en place un contrôle sanitaire aux frontières dans l’attente d’une décision collégiale lors du conseil européen à venir. La mesure n’a ainsi pu être actée que le 29 janvier pour entrée en application le 30. Quinze jours de perdus pendant lesquels le variant britannique a pu se répandre plus vite encore. Et Macron de voler au secours de l’UE. Le 5 février 2021, il défendait ainsi la stratégie vaccinale de Bruxelles : « L’Europe est l’endroit du monde où l’on a acheté le plus de vaccins, sécurisé le plus de doses et où l’on produit sur un même espace le plus de vaccins ensemble. (…) Je soutiens totalement l’approche européenne que nous avons eue. » Maintenant que certains s’autonomisent, Macron joue les gardes-chiourme : après l’initiative conjointe du Danemark et de l’Autriche, le ministre des affaires étrangères Le Drian, tout empreint de séparatisme, déplorait une « tentative de sécession » avant que son ministère réitère que « notre conviction reste de façon très claire que la solution la plus efficace pour répondre aux besoins de vaccination doit continuer de reposer sur le cadre européen ».

Fidèle au transfert de souveraineté qu’il préconise vers une souveraineté européenne, Macron s’arc-boute : plutôt l’échec dans la conduite de la politique sanitaire que la limitation du pouvoir de Bruxelles. Là où l’inefficacité et l’incapacité de Bruxelles à agir donnent à voir que l’UE n’est justement pas faite pour mettre en œuvre des politiques au service des populations, Macron entend lui préserver en dépit de tout un cadre qui a d’autres attraits : celui de laisser-aller par la coercition supranationale les politiques libérales qui servent les intérêts de son monde. Au sein d’une UE qui se délite, s’il n’en reste qu’un, Macron sera le dernier, le triste héraut du renoncement à la souveraineté nationale et à la souveraineté populaire. Au prix de la santé et des intérêts des Français.

François Cocq

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s