L’étrange résignation

Editorial pour la Feuille Constituante du 15 mars 2021

Invité de RMC ce mercredi 10 mars, le président de l’Assemblée nationale pavanait à loisir : « Macron est dans l’action. Les autres sont sur les gradins, ils comptent les points, et ils disent je serai candidat ». Si c’est bien la première fois que Richard Ferrand est frappé d’un éclair de lucidité politique, force est de constater qu’il met cette fois dans le mille.

Plus la crise sanitaire avance, et plus les oppositions institutionnelles sont frappées de tétanie. Toutes se détournent du sujet, laissant le président seul avec ses paris. Macron a refusé de casser la prise de pouvoir du variant anglais quand il le pouvait ? Nul n’a moufté. Macron a réfuté la stratégie zéro-covid ? Pas un n’a engagé le débat. Macron a imposé une stratégie vaccinale basée exclusivement sur les plus vulnérables ? Nul n’a proposé de revoir la priorisation, par exemple au regard de l’exposition au virus en la proposant aux premiers de corvée, au fur-et-à mesure que les vaccinations montaient en puissance. En en restant à une critique de surface plutôt que faire vivre le débat public pour l’éclairer sur des choix alternatifs, les oppositions laissent au seul Macron le bénéfice de l’action. L’action ne peut être diqualifiante que si elle résulte d’un mauvais choix ou d’une faute par rapport à une autre orientation : Macron décline le TINA (There Is No Alternative) au sanitaire et toutes les oppositions s’y plient. Dès lors, le voilà assuré de sortir gagnant le moment venu, auréolé d’une sortie de crise qui finira bien par advenir, et quand bien même dans l’intervalle on constate que son pari est aujourd’hui perdu.

Pas étonnant dès lors que cette semaine, à la question de savoir s’ils avaient été à la hauteur depuis le début de la crise sanitaire, une enquête Odoxa indiquait que les Français plaçaient les partis politiques d’opposition bons derniers parmi les différents acteurs publics. Seuls 15% des sondés reconnaissaient leur action là où ils recueillaient 27% d’avis positifs un an auparavant !

Cette inertie ne se contente pas de traduire le fait que les organes politiques institutionnels sont tout tournés vers 2022 en passant par la case des élections départementales et régionales. Elle donne aussi à voir l’impossibilité collective à se projeter, enfermés que nous sommes dans une forme d’éternel présent. Or nous maintenir dans celui-ci n’est pas une simple résultante de la Covid : c’est aussi le projet politique du chef de l’Etat qui sait pouvoir y puiser les conditions de sa réélection.

Si les propositions d’intérêt général n’émergent plus des cadres institutionnels, c’est bien parce que cet intérêt général ne peut être que l’émanation de la volonté générale. Or cette même volonté générale est laissée à distance des corps intermédiaires, incapables qu’ils sont de la représenter ou de la retranscrire. C’est ainsi bien l’ensemble de la construction démocratique qui est bloquée, au point que l’un de ses principaux pourfendeurs, Emmanuel Macron, est en passe d’en être le grand bénéficiaire. L’alternative ne sera décidément que populaire ou ne sera pas.

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